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24/09/2019

SMASHING PUMPKINS - Interview 1992

 SMASHING PUMPKINS Interview 1992

 SMASHING PUMPKINS Interview 1992

HYACINTH Zine #8


SMASHING PUMPKINS Interview 1992       SMASHING PUMPKINS Interview 1992   


Pour avoir engendré un des albums les plus exaltants de l'année écoulée. les SMASHING PUMPKINS étaient attendus en concert à Paris comme des messies. Parce qu'ils incarnent l'image d'un groupe peu accessible et plutôt 'looké' - plus que la moyenne du bon groupe 'Sub Pop' ! - nous brûlions d'impatience de les rencontrer. Pour sa bassiste qui ... Bref, pour tout un tas de raisons. les plus diverses, ces 4 'Potirons écrabouillés' - que de vocabulaire ! - ont débarqué dans notre capitale un peu comme on attend la saison des pluies en Afrique Noire. L'idée - assez saugrenue - de coupler leur unique date française à celle du come-back (ma foi concluant) des résistants BUZZCOCKS n'a probablement pas joué en leur faveur. Présents sur notre sol plus pour justifier la politique marketing et promo bureaucratique d'un label cherchant ses marques, que pour prouver l'étendue de leur talent, les SMASHING PUMPKINS sont venus prendre la fraiche température d'un pays dont le compteur reste encore solidement bloqué sur 77. Dommage. car il y avait sans doute mieux à faire que se présenter comme les DAMNED - ils l'ont dit les bougres ! - et exécuter un set aussi déséquilibré. Annoncés aux Etats-Unis comme les sueccesseurs potentiels de JANE'S ADDICTION (à grand renfort de propagande MTV). nos 4 de Chicago ne comptent pas s'accommoder de ce schéma restrictif dessiné par les médias. Même s'ils occupent le peloton de tète des 'espoirs alternatifs U.S' et qu'ils partagent avec le groupe vedette de L.A un goût prononcé pour le son early seventies, ils ambitionnent de déjouer les pièges de la normalité, en pratiquant une musique inclassable. Pas franchement disposés à figer leur nom aux côtés de ceux du ghotta du business, cela ne les empéche pas de viser haut, tout en sachant qu'ils leur faudra se montrer forts pour préserver leur autonomie créative et humaine: Car leurs épaules sont assez larges pour espérer 'prendre le pouvoir' d'une nouvelle génération de groupes à 'grosses guitares'. Avec à leur actif un album et seulement 3 maxis, ils se sont déjà modelés une identité musicale qui, sans passer pour expérimentale. a le mérite de réconcilier et de rénover des sensibilités aussi dispersées que la 'psychedelia' et le 'liard-rock'.
Une bien fiére étoffe néo-hendrixienne, dévoilant des couleurs toutes en nuances. passant très facilement d'une teinte à une autre avec quelques dégradés. qui intégre tres astucieusement une notion maitresse complètement d'actualité: le contraste.

SMASHING PUMPKINS Interview 1992

Vous êtes assez staliques en concert. Est-ce que c'est car vous étes timides ou parceque vous avez besopin de concentration pour jouer?

James - Oh. je ne sais pas. Cela dépend de notre humeur et de la façon dont le public réagit... C'est vrai que nous ne bougeons pas beaucoup certaines fois, mais dans d'autres concerts on se sent portés par la musique... Je ne sais pas. ha ha !

Quelle est Ia différence entre SMASHING PUMPKINS el les groupes post-hardcore, comme ceux qui sotn sur Sb pop?

Beaucoup de gens nous comparent à des groupes comme NIRVANA ou JANE'S ADDICTION, ces trucs là. D'une certaine manière c'est très gratifiant d'étre comparés à ces groupes qui sont vraiment de grands groupes, mais nous n'allons pas chercher notre inspiration dans leur musique. nous n'essayons pas de faire la même chose qu'eux.

Quels sont les groupes qui vous ont donné l'envie de faire de la musique. lorsque vous étiez jeunes ?

James - Oh. aucun groupe en particulier. J'ai toujours été attiré par la musique. j'ai commencé à jouer dans des groupes il y a très longtemps, lorsque j'étais très jeune.

Vous avez dit dans une interview que vous aimiez la musique gothique. Quel aspect particulier de cette musique vous attire ?

James - J'aime bien BAUHAUS, mais ce n'est pas mon genre de musique préféré. Ce n'est pas non plus le style de musique par lequel j'ai commencé. Je me souviens plus de ce que j'ai pu dire dans cette interview.

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Que pensez-vous des groupes comme Cult qui ont commencé à jouer de la musique gothique et qui jouent du hard-rock maintenant ?

James - Je ne sais pas trop. Les vidéos de Cult sont marrantes, en tout cas.

Votre look semble plus soigné que chez d'autres groupes Cela vote préoccupe beaucoup ?

James - Regardez-moi, ce matin je ne me suis pas trop préoccupé de mon apparence. ha ha ! Non, je ne pense pas. Par exemple on ne se dit pas un jour : " On doit faire des photos de nous aujourd'hui. sors ta plus belle chemise !" Ce n'est pas notre genre.

Mais vous portez des bijoux la plupart du temps, est-Ce parce que vous êtes fétichistes ?

James - Non. chacun de nous a ses propres goûts... (en français.) Je ne sais pas" !

Vous étés exactement le prototype du groupe américain alternatif qui a réussi grâce aux "College Radios". Est-ce que ces radios sont indépendantes ou est-ce qu'elles subissent des pressions commerciales ?

James - Non, ces radios sont pauvres, elles ne sont pas du tout commerciales. Elles ont grandi tout au long des années avec beaucoup d'efforts. Elles ne matraquent pas des disques toute la journée pour vendre, ce sont juste des kids qui passent tout ce qu'ils ont envie de passer. C'est une très bonne chose qu'elles soient là, un groupe comme R.E.M ne serait jamais arrivé où il en est sans elles par exemple.

Vous venez de Chicago. Est-ce que le mouvement noisy qui comporte des groupes comme BIG BLACK est imponani là-bas ?

James - Il y a deux mouvements underground à Chicago. Un mouvement dance et techno genre MINISTRY. et puis les groupes du label Touch And Go, avec JESUS LIZARD. URGE OVERKILL, etc... Ce sont tous deux des courants importants. Je ne sais pas si l'on peut nous classer dans un des deux. Nous ne sommes pas amis avec beaucoup de ces groupes. j'aime beaucoup JESUS LIZARD et URGE OVERKILL mais on ne les voit pas souvent. Nous sommes en tournée ou en studio la plupart du temps, rarement à Chicago. Je pense que le principal point commun que nous avons avec ces groupes est le fait de jouer très fort, ha ha ha !


     

Vous avez beaucoup de fans aux Etats Unis ?

James - Oui, ça commence. On n'en est pas encore au point de NIRVANA, mais... Nous recevons beaucoup de lettres, surtout de groupies. C'est formidable. il y a juste un an je ne pensais pas qu'autant de gens pourraient nous écrire. Il y en a même qui nous envoient des chemises ou même de la drogue!

Est-ce que vous avez senti un changement dans le comportement de votre public lorsque vous avez commencé à devenir connus ?

James - Oui. c'était très perceptible d'ailleurs. Au fur et à mesure que le public devenait plus important, les gens devenaient plus fous, probablement parce qu'ils connaissaient notre musique.

Qu'est-ce que vous pensez du succès de NIRVANA ?

James - C'est très bien pour la scène underground. Cela va attirer l'attention sur de petits groupes. Par contre ce qui m'inquiète c'est que beaucoup de groupes veulent maintenant obtenir autant de succès qu'eux et faire la couverture des magazines. Et j'ai peur que les Major Labels se mettent à rechercher tous les groupes qui sonnent comme NIRVANA parce que cela marche bien. Ce serait vraiment horrible si cela ce produisait.

Est-il vrai que vous aimez bien la musique de la fin des années soixante et du début des années soixante dix?

James - J'aime différents styles. Je trouve que beaucoup des groupes de maintenant font la méme chose, c'est flagrant avec les groupes anglais actuels comme RIDE ou LUSH, ils se copient les uns les autres. Le VELVET UNDERGROUND, les STOOGES ont quelque chose de vraiment original. J'aime bien quelques groupes des années soixante-dix comme BLACK SABBATH. LED ZEPPLIN,mais pas tous. En fait je suis pas vraiment attiré par ce genre de musique. Par contre j'aime beaucoup tes groupes garage comme MUSIC MACHINE. ça c'était une époque géniale.

Vous vous entendez bien dans le groupe?

James - II arrive que nous ayons des points de conflit entre nous lorsque nous avons pas les même idées pour une chanson par exemple, mais la plupart du temps cela se passe bien. Nous jouons ensemble depuis si longtemps!


     

Bizarrement, vous allez jouer avec les BUZZCOCKS ce soir. Vous aimez leur musique?

Billy (guitariste- chanteur) - Au départ il était prévu que nous jouions seuls à Paris. mais notre maison de disques n'a pas bien fait son boulot. Ils ont tendance à ne voir que leur propre intérèt. Mais j'aime bien les BUZZCOCKS, le seul problème c'est que leur public est plus âgé que le notre.

Votre chanson "Daydrearn" conclu l'album d'une façon surprenante. Vous vouliez surprendre les gens?

Billy - Non, ce n'était pas notre but. Pour nous il n'y a pas de différences entre une chanson comme celle-ci et une chanson de hard-rock. Il nous arrive de faire des morceaux assez éloignés du rock parce que nous sommes un peu plus qu'un groupe de rock.

Est-ce que vous vous sentez concernés en tant que groupe par les problèmes de société comme la guerre, la misère, etc.

Billy - Voila une question très générale. Tu penses toi que les groupes doivent prendre la responsabilité de refléter les opinions du monde ?

Oui

Billy - A mon avis, le fait de demander à des musiciens, qui par exemple prennent de la drogue, d'émettre des opinions sur les problèmes de société est une erreur. Evidemment nous sommes tous concernés par ces problèmes et nous avons tous des opinions à défendre, mais pour un groupe c'est difficile parce qu'il doit vendre des disques pour vivre. Si tu affiches tes opinions dans des chansons on pourra toujours te reprocher de le faire pour vendre plus. Si tu veux vraiment défendre tes idées tu peux rejoindre un parti politique ou une organisation, mais pas faire un groupe de rock.

Alors. qu'est ce que tous pensez du système politique de votre pays ?

James - Ah...! C'est une question intéressante ! (ironique)

(énervée) Vous n'avez pas d'idée ?

James: Si, j'ai une idée mais c'est une question tellement large !

Billy - Aux Etats Unis le pouvoir est divisé en trois niveaux différents, il y a le gouvernement local, le gouvernement de l'état et celui du pays entier. Donc il y a trois types de lois, celles de la communauté, celles de l'état et celles du pays. Tu vois que ta question est grés générale !

La société de consommation. alors ?

Billy - Mais, là tu poses une question qui a déjà une réponse toute faite.

Bon, bon ça va. On peut s'arrêter là je crois. Merci beaucoup !

Billy - Non, non ne te fâches pas. Ce que je veux dire c'est que si tu as des opinions déjà faites, tu devrais nous les exposer et ensuite on peut en discuter. Le Sytème américain est très complexe, il est énorme. Il faut que tu précises ta question.

      SMASHING PUMPKINS Interview 1992

Mais il n'y a pas des choses qui vous révoltent plus particulièrement ?

Billy - Si, il y a des centaines et des milliers de problèmes dans la société dans laquelle nous vivons : le racisme, la drogue. la criminalité, les sans-abris... Tout ce que l'on rencontre tous les jours à Chicago. Tu pourrais nous demander ce que l'on pense personnellement de l'attitude du gouvernement qui ne fait rien pour que cela change.

Bon, que pensez vous de l'attitude du gouvernement américain envers les indiens?

James - Ce qui se passe pour eux, c'est la mèmc chose que dans tous les pays. il y a une montée du racisme un peu partout dans le monde. Aux Etats Unis il touche surtout les noirs et les japonais, plus que les indiens. Lorsque le pays va mal les gens en rejettent la faute sur les étranger:..

Billy - Au milieu du siècle les gens attaquaient les juifs parce qu'ils détenaient les banques et parce qu'ils étaient riches. Aujourd'hui c'est la même chose avec le Japon, qui réussit si bien lorsque tout va mal ailleurs. Il y a un esprit anti-japonais qui se développe et en plus ces idées là sont entretenues par le gouvernement. Pour en revenir aux indiens, ce que les américains leur ont fait est une honte pour l'histoire de ce pays, c'est comparable à Hitler dans l'histoire de l'Allemagne. La seule concession que leur a fait le gouvernement américain est de les autoriser à faire des paris en jouant leurs terres, leurs réserves.

Y-a t'il un pays ou vous aimeriez vivre plus lard ?

Billy - Cette question prouve que tu es française... Même si tu trouves que tout va mal dans ton pays et que tu en as marre, tu finis toujours par y revenir pour essayer de faire changer les choses. Ce n'est pas que tu ne t'intéresses pas aux problêmes du reste du monde. mais tu fais cela simplement parce que c'est ton pays et que tu es imprégné de sa culture. Je ne sais pas ce qu'un individu ou un groupe peut faire pour faire changer les Etats Unis mais je sais que nous avons l'intention de rester là bas.

Que pensez-vous faire après votre vie de musicien, avoir une vie "normale", travailler?

Billy - Je ne pense pas que l'on puisse retourner à une vie normale après avoir joué dans un groupe. Mon père est musicien, il me suffit de le regarder pour en être convaincu. On vit une vie si intense dans la drogue, le sexe, la musique et l'alcool (!) que l'on ne peut plus s'arrêter pour reprendre un travail régulier. Notre vision du monde n'est plus la même qu'avant.

Ton père joue encore?

Billy - II n'a jamais fait partie de groupes connus, il a surtout joué dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt. Il .joue encore mais son coeur lui pose des problèmes. C'est à cause de lui que je fais de la musique, il m'a beaucoup influencé. Pendant quinze ans il n'a pas arrèté de me donner des conseils, pour me dire de ne pas jouer comme tout le monde et de ne pas faire la même chose que les autres. Il en a tellement bavé durant toutes ces années qu'il finissait parfois par haïr la musique.

Et que pense-t-il des SMASHING PUMPKINS ?

Billy - Oh. je ne crois pas qu'il comprenne cela. Je crois qu'il aime mais qu'il ne sait pas d'où cette musique vient. Il comprend le hard-rockn mais ce n'en est pas...

Vous travaillez encore en dehors du groupe?

Billy - Non, le groupe nous prend un temps fou. Durant les sept derniers mois, nous avons passé cinq semaines chez nous, et encore il y avait deux semaines pour faire des concerts et travailler en studio. Donc nous avons eu trois semaines de repos en sept mois. Maintenant nous sommes complètement crevés.

Y-a t'il des gens qui vous fascinent, qui vous servent de modèles ?

Billy - Les cultures primaires me fascinent : les africains, les aborigènes. les indiens d'Amérique  Ces cultures ne connaissent pas l'électricité, les collèges, les emplois, ce qui les laisse libre d'attacher plus d'importance aux rapports humains, jusqu'aux actes sexuels. Ces sociétés sont dites primaires chez nous, mais elles sont beaucoup plus riches que la nôtre. Dans la société américaine on a l'impression que plus on avance dans le temps plus les gens deviennent bêtes. C'est un paradoxe, plus l'individu pense, plus il est stupide. Si nous étions lâchés dans une foret nous ne serions pas capables de survivre, alors que c'est la chose la plus élémentaire ! J'ai lu un livre écrit par un fameux chef de tribu indien, il racontait ce qu'on lui a appris lorsqu'il était enfant, des trucs hallucinants. Peut etre que plus tard j'irais en Australie, vivre dans des tribus aborigènes. ce serait génial, mais je ne sais pas si j'aurais assez de couilles pour l'aire cela.

Y a t'il quelque chose qui vous fasse perdre toute votre force ?

Billy - L'amour... Plus je deviens populaire et bon musicien, plus je me rends compte que je ne change pas. Je reste quelqu'un comme tout le monde, je mange, je mc lave, je tombe amoureux, j'éprouve de la haine parfois... Au lieu d'essayer de devenir un super musicien, je devrais me préoccuper de ma vie personnelle. Mais cela m'est difficile.

Vous faites de la peinture ou du dessin ?

Billy - Non. La peinture et la musique sont deux arts qui ont en commun une finalité, un tableau ou un disque. Mais pour moi. la musique est le meilleur moyen d'expression parce qu'il permet non seulement de fixer des sentiments, comme sur un tableau ou un disque, mais aussi d'exprimer des choses fugitives, éphémères, qu'on ne peut pas "fixer". On peut jouer dix ou vingt fois le même morceau en le faisant sonner différemment à chaque fois, pour exprimer des sentiments différents, alors que l'on ne peut pas refaire vingt fois la même peinture. Je pense que dans un sens la musique est l'art ultime.

Est-ce que vous tenez compte de l'attitude du public durant les concerts ?

Billy - J'ai souvent du mal à établir le contact avec le public. Je ne suis pas comme certains chanteurs qui disent "Corne on everybody, let's rock", je ne parle pas au public. Mais je sens lorsque le public est accroché par la musique. J'aime que le public soit fait de gens qui s'investissent dans la musique autant que nous, des gens qui achètent nus disques et qui les critiquent, qui nous jettent des trucs lorsque l'on joue et qui montent sur la scène. Si moi je dois rentrer à fond dans la musique pour faire un bon concert, j'attends du public qu'il en fasse autant. J'ai peu de respect pour les gens qui restent derrière à discuter, qui sont là pour paraitre branchés. Je sacrifie mon âme et mon bonheur pour faire ça.
     
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