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06/01/2010

MINISTRY - Interview 1993 (Indus metal)


En voyant débarquer à Paris les inquiétants Ministry, emmenés par leur diabolique mentor et vocaliste AI Jourgensen, on craignait justement le pire. Et on fut quelque peu déçu ... Non pas par la virulence instrumentale dont ils firent preuve à l'Elysée-Montmartre le soir venu après qu'Helmet s'en fut allé, mais bien par le reste. On s'attendait à découvrir des types à l'allure d'androïdes perfectionnés, des rescapés d'essais nucléaires, en un mot des Terminator 3, et on a rencontré un groupe de rock, plutôt accessible, sympa et souriant. A noter que l'ensemble « groupe de rock » ne doit s'interpréter ici que comme un terme générique désignant tout ce qui comporte plusieurs êtres humains, des instruments de préférence électriques et une batterie placée au centre de la scène entre les amplis.
Reconnus enfin internationalement comme les empereurs de la violence sonique depuis le succès de leur monstrueux Mind Is A Terrible Thing To Taste en 1990, ces héros postapocalyptiques basés à Chicago venaient de damer le pion aux plus « in » du moment, Red Hot Chili Peppers ou Pearl Jam,
à l'occasion de la seconde édition de « Lollapalooza ».. Cette tournée, mise en place à travers les Etats-Unis par le respectable Perry Farrell, l'ex-Jane's Addiction, avait constitué le second point fort live de l'été dernier, après le succès du tandem Guns/ Metallica. Présentés comme les suprêmes défenseurs de la cause thrash industriel et les inspirateurs fondamentaux de la vague européenne des Godflesh et Treponem Pal, ces Huns de Chicago avaient pris soin d'annoncer leur campagne par un coquet Psalm 69, album vorace aux accents hardcore qui, sans forcément égaler la puissance de son susmentionné prédécesseur, avait néanmoins un mérite supplémentaire, celui d'être disponible en France.
Malgré une lourde insistance auprès des attachées de presse de WEA, leur maison de disques en France, il nous fut Impossible d'engager la conversation avec AI Jourgensen, le Ministre en personne.
On nous assura qu'il était fou, complètement dingue, et qu'il refusait de le prouver devant les micros et autres appareils enregistreurs. On eut beau répondre que si l'on ne pouvait plus interviewer les fous, Hard-Rock Mag ne comporterait à l'avenir que huit ou dix pages, rien n'y fit, Jourgensen s'en foutait...
On n'a pas eu le messie mais son fidèle apôtre, Paul Barker, bassiste et cofondateur du gang en 1981


Hard-Rock Magazine: Peux-tu nous expliquer brièvement ce qu'est exactement Mlnlstry et quel rôle tient AI Jourgensen dans le groupe...

Paul Barker: Plutôt qu'un groupe, il faut plutôt parler de projet. C'est l'idée, la démarche suivie par Ministry depuis dix ans qui importent. Mis à part AI, les musiciens qui collaborent à Ministry n'ont, sauf exception, qu'un rôle exécutif. Seul le résultat compte, peu importent les moyens d'y arriver. Chris (Connelly, guitares et claviers) a écrit des textes mais, à part cela, nous participons assez peu aux compos. Chacun d'entre nous participe à plusieurs autres projets musicaux. Ministry n'est qu'un passage pour de nombreux musiciens.  

On vous classe dans la catégorie "thrash Industriel", cela te convient-iI? 

Ça ou autre chose... Ministry est depuis dix ans un produit original qui n'a pas d'antécédents. Musicalement, nous allons à l'essentiel, c'est ça qu'il faut dire. C'est volontairement très agressif et à la fois linéaire et oppressant. Nous voulions structurer nos morceaux de telle façon qu'ils privilégient toujours l'efficacité et qu'ils ne regorgent pas de faire-valoir idiots, des tonnes de solos ou ce genre de trucs. 

Tous les détails qu'on remarque sur des morceaux comme « N.W.O. » ou « Corrosion », sur le dernier album, ne sont que des arrangements de studio, des effets dus à la technologie. On aurait tendance à penser que Mlnlstry est un pur produit de studio, or Il n'en est rien puisque c'est vous qui avez reçu le meilleur accueil à l'occasion de la tournée "Lollapalooza 2" ... 

Je crois que notre succès sur ce festival tient à deux paramètres essentiels. D'abord le fait que nous avions joué antépénultième, lorsque les gens sont bien chauds mais pas encore fatigués. Ensuite parce que Ministry n'avait rien de commun avec le reste des groupes présents. Nous étions très largement les plus agressifs sur le plan musical et, techniquement, je crois pouvoir affirmer que nous étions vraiment au point. 

Est-iI vraiment possible que Ministry soit aussi cohérent sur scène que sur album?

Tout à fait, et contrairement à ce que les gens pensent avant de nous voir live, nous n'utilisons pas de bandes sur scène. Ce sont les claviers et la banque d'effets qui reprennent les arrangements du studio. Un enregistrement et un concert sont au départ deux situations bien différentes et notre challenge, tous les soirs en tournée, est de recréer les émotions du disque en direct et aussi parfaitement que possible. Il n'y a pas d'impros, les titres sont repris à la note près.

Votre agressivité gratuite traduit-elle chez vous un réel besoin de violence? 

Absolument pas, on ne monte pas sur scène pour livrer un combat contre le public. On cherche à produire un effet puissant. Ce n'est pas de la violence, c'est de l'énergie. Ça conduit les gens à un état d'excitation et de folie maximum. Certains musiciens aiment jouer acoustique, on frappe alors dans ses mains et on boit des bières. En ce qui nous concerne, nous proposons une musique qui permet aux gens de se défoncer... 

Votre public se compose de beaucoup de thrashers. Est-ce un genre que vous respectez?

Tout dépend des groupes. Nous ne jouons pas de thrash à proprement parler mais certains éléments, les rythmiques et le chant notamment, peuvent effectivement évoquer le thrash. Je crois que c'est une conjonction de style dans le temps. En ce moment, Ministry rejoint le thrash, mais ça n'était pas le cas il y a deux ans et ça ne sera plus vrai dans deux ans. Je crois que la majeure partie de notre public, même ici en Europe, est composé de gens plus âgés qui connaissent Ministry depuis plusieurs albums et qui ont suivi son évolution. 

On nous a dit qu'AI était dément, c'est vrai?

La folie peut parfois être une excuse utile pour éviter de répondre à des questions stupides ... Non, en fait, je le connais si peu!