23/12/2010

CAST "Beyond reality" CD. 1996


Cast est un groupe mexicain de progressif sympathique, jouant de longs morceaux avec des thèmes qui s'étendent et progressent comme naturellement d'un univers à l'autre, le tout dégageant une certaine fraîcheur, voir parfois une intensité plus marquée.
Même s'ils sont sud-américains, j'entends peu de rapport avec le ANGRA de la même époque, ici pas de guitares métal et le chant est moins "lyrico métal". Le style est plus calme, plus étendu sur de longues plages. Les musiciens n'ont pas un mauvais niveau, mais ils ne déballent pas une technique ébouriffante, ce qui ne me dérange pas. Il y a pas mal de claviers, entre quasi symphonique, FM héroïque, parties plus "ambiantes" et piano plus baroque. On trouve aussi un peu de flûte.
Je reprocherais que ça manque un peu de rythme à mon goût, et le thème frétillant (S’il est présent) ne m’a pas sauté dessus, mais ce disque s'écoute tout seul sans interférence et c'est mieux que le Muséa des horreurs (Je suis méchant? Les trucs venants de ce label que j'ai pu récupérer ne m'ont pas laissé une impression très cool, à part un ou deux disques...).
"Beyond reality" est un disque honnête qui fait un peu l'effet d'un yogurt "Fjord", mais avec plus de couleurs (Comme sur la pochette, dont le style fait un peu Cathedral).
Apparemment cet enregistrement était sorti en autoproduction, donc il ne doit pas être facile à trouver...

ACCEPT "Accept" CD. 1979


C'était le premier album pour les Allemands d'ACCEPT qui ne jouaient alors pas encore le Heavy metal pour lequel ils sont connus.
La musique était bien plus proche du hard rock, avec les influences 70s encore bien présentes, on sent quand même plusieurs incursions des débuts de la New-wave-of-british-heavy-metal quand les choses deviennent un peu plus "originales" (Pour l'époque), mais ici tout n'est pas basé sur la "lourdeur", la puissance et la transpiration... En gros ce n'est pas aussi viril que le heavy 80's, même si on sent qu'ils en chient quand même.
On sent une certaine rage typique du hard rock, l’énergie et un certain côté "revendicatif" (Voir un peu fédérateur) de jeunes gens exprimant leurs frustrations, mais aussi un peu de mélancolie dans les titres les moins énergiques... (Parfois je pressens une sorte de "détresse" due à une impossibilité d'agir, mais c'est peut être une interprétation)
Quelques noms de groupes ou comparaisons hard-rockisées pourraient servir à mieux cibler, donc en voilà: Je pense aux premiers disques des SCORPIONS (Bien avant qu'ils n'aient du succès avec des slows), un peu d'AC/DC, une louche de vieux IRON MAIDEN et de DEMON pour les choses moins typiquement hard, et je ne peux m’empêcher de faire un lien avec les premiers TRUST.
Le chant d'Udo n'est pas encore composé des vocaux criards, parfois "nasillards", pour lesquels il est connu: On est bien plus proche du chant hard rock assez brut, et pas toujours très juste, mais j'aime assez le côté "sauvage" que ça procure (Et c'est peut être pas plus mal que les cris ‘perce tympans’).
J'ajouterais que la production n'a aussi rien de heavy, les guitares ne sont pas rondes, elles gardent un côté bien 'crunch' et garage.
Attention, pour un premier album c'est quand même pas mal, ACCEPT avaient évité de tomber dans le nanard comme pas mal de groupes du style et nous sortaient plusieurs morceaux bien accrocheurs: "Take him in the heart" assez rythmé et hargneux avec les chœurs durant le refrain, "Lady Lou" assez accrocheur avec un refrain sympa, "Tired of me" avec son riff "rock'n roll" assez heavy et son refrain qui pue le hard rock (C'est vraiment du truc de hardos comme ça se voyait y'a plus de 16 ans), "Sounds of war" lui aussi bâti pour les hardos... Les autres morceaux sont plus ou moins sympas, certains trop classiques voir assez ennuyeux, mais pour un premier disque c'était un enregistrement honnête avec assez de bons morceaux pour le réécouter de temps en temps; C'est ce que je fais.

MEAT PUPPETS "Too High to Die" CD. 199


Ayant découvert cet album dans l'ordre inverse de la chronologie, je suis un peu surpris par son contenu et me demande ce qui a pu se passer en un an chez les Meat Puppets: Avaient-ils changé de boucher? Qu'est-ce qui avait bien pu dégonfler leur soufflet? Alors que "No joke!" de 1995 laissait voir un groupe d'ados branleurs un peu paumés, celui dont on parle ici (Sorti un an avant) était plus dynamique, énergique, un peu comme si le train était en marche et que les musicos savaient ou ils allaient.
Les moments les plus rock rappellent les premiers SMASHING PUMPKINS, alors que les penchants pop auraient comme un goût de REM, mais qui se touche moins.
Du grunge? Si on veut, mois j'y vois surtout du rock indie avec des influs pop assez notées, et un petit côté enfumé (Ou zen pas complètement naturel) ici et là.
Allez, un petit reproche pour atteindre le quota: La 2ème partie de l'album est plus calme, plus pop, peut-être un peu trop.
Les marionnettes de viande étaient assez en forme, et vous invitaient à leur concert de fin d'année universitaire; Même si celui-ci ne révolutionnait pas les fins d'années scolaires, il était quand même plus sympa que les autres fois.


17/12/2010

SONIC YOUTH - INTERVIEW 1994 - HARD'N HEAVY MAGAZINE

SONIC YOUTH - INTERVIEW 1994 - HARD'N HEAVY MAGAZINE


PROPULSÉ PAR LE SUCCÈS DE DIRTY ET LES "INCANTATIONS" D'UN KURT COBAIN LE CITANT À FOISON COMME UNE INFLUENCE MAJEURE, SONIC YOUTH RELANCE L'OFFENSIVE AVEC EXPERIMENTAL JET SET, TRASH & No STAR. À LUI SEUL, LE TITRE MÉRITERAIT QUELQUES EXPLICATIONS. POURTANT, LE TOUJOURS SURPRENANT LEE RANALDO SEMBLE DISPOSÉ À PARLER DE TOUT SAUF DUDIT ALBUM! QU'À CELA NE TIENNE, LA CONVERSATION N'EN SERA QUE PLUS DIVERSIFIÉE!


Lee Ranaldo, guitariste rythmique et lunatique en chef de Sonic Youth, est un personnage déconcertant. Se promenant avec un walkman-enregistreur à vitesse de défilement variable dont il se sert en toute occasion, il n'envisage pas une interview comme un processus figé où le journaliste pose des questions auxquelles il se doit de répondre, préférant enregistrer sa propre voix puis la rediffuser en accéléré dans le walkman dudit journaliste qui se demande bien ce qu'il fait là, face à cet individu incapable de rester inactif une seconde, parti à commenter, de manière impromptue, le sommaire du numéro deux de Hard N' Heavy - "Oh! Tad ! Si tu savais comme il est gros! Tiens, voilà Kurt (Cobain) ! C'est un guitariste de heavy-metal maintenant?", avant de se lever pour montrer le poster Slayer à son collègue Thurston Moore qui n'a pas l'air très concentré non plus. Devant le peu d'enthousiasme que ce respectable énergumène montre à disserter sur "Experimental Jet Set, Trash & No Star", le nouvel, et semble-t-il , dixième album du groupe, on préférera l'attaquer sur un sujet qui semble faire partie intégrante du mode d'expression Sonicyouthien : le bruit.


SONIC YOUTH - INTERVIEW 1994 - HARD'N HEAVY MAGAZINE

 

MUR ANTI-BRUIT


Lee Ranaldo : Qu'est-ce que le bruit? Pour nous, le monde est un ensemble de sons, consonants ou dissonants. Il n'y pas de différence entre le bruit et la mélodie. Quelqu'un comme John Cage, probablement l'artiste le plus heavymetal du vingtième siècle, pouvait utiliser le chant des oiseaux sous sa fenêtre le matin ou un marteau-piqueur dans la rue pour composer une pièce musicale. Lui était un vrai rocker. A l'instar de compositeurs comme Edgar Varèse ou Karl Heinz Stockhausen, nous partageons cette conception de la musique. Le noise (bruit) est un terme péjoratif qu'utilisent certains afin de désigner des gens comme nous et pour qui la véritable musique se limite à Madonna ou Whitney Houston.

Ce genre de conception doit parfois être difficile à faire passer auprès du "grand public" !
Parfois, en effet. Le problème est que nous sommes intéressés par toutes les formes de musiques et particulièrement celles qui transcendent leur époque. Je pense que c'est là un des problèmes du heavy-metal actuellement. S'il avait quelque chose de passionnant à sa création, la plupart des groupes qui le pratiquent maintenant semblent se cantonner à une formule. Dans notre esprit, la musique doit être beaucoup plus large que ça, insolite, dérangeante (freaky), avec des choses saugrenues, excentriques.

Pensez-vous que Sonic Youth innove encore avec ce nouvel album?
On est assez chanceux pour avoir suffisamment de succès et continuer à faire ce que l'on a envie, alors ça n'est pas le genre de question que je me pose. C'est plutôt à quelqu'un comme toi d'en décider. Ce qui compte pour moi, c'est d'arriver à rendre audibles et concrets les sons que j'entends dans ma tête. Je laisse aux autres le soin de décider si ça a une valeur quelconque. De toute façon, on va tous mourir un jour ou l'autre!

N'auriez-vous pas plutôt tendance à garder cet esprit avant-gardiste pour vos projets solo 7 (NDLR : Lee s'apprête à sortir un CD entièrement enregistré... sur les chantiers de construction des buildings à New York !)
Pas vraiment. Ça serait plutôt le contraire car ce genre de projet est réservé à une audience très limitée. Sonic Youth est signé sur une major, on nous fait voyager au dessus de l'océan pour venir parler à des gens comme toi, on vend 500 000 exemplaires d'un disque à des gens souvent assez jeunes, avec une musique plutôt bizarre et que nous concevons comme l'antithèse de la pop music. Je trouve ça beaucoup plus subversif que ce que nous faisons à côté.

PERTE DE PERSONNALITE?

Si "Dirty", le précédent LP, pouvait quasiment être considéré comme une tentative "commerciale" de s'ouvrir à un autre public, il représentait aussi l'aboutissement d'une démarche de domestication démarrée en 1986 avec l'album Sister (sur le label SST) avec, à la clé , le risque d'une possible édulcoration de la véritable personnalité du groupe.


En comparaison à Dirty, ce nouvel album fut-il compliqué à enregistrer?
Au contraire. On a écrit la moitié des morceaux en rentrant en studio. Notre état d'esprit était que l'on avait suffisamment passé de temps auparavant à préparer les titres, les retravailler sans relâche. Pour une fois, Butch Vig (NDLR: Producteur entre autres de Nirvana et Smashing Pumpkins) s'est cantonné à un rôle d'ingénieur du son, alors que "Dirty" était le résultat d'une forte implication de sa part. Ça lui a d'ailleurs fait bizarre de devoir se retenir ainsi! Des fois , il essayait de changer des choses dans notre dos!
Les quelques interventions empressées de l'attaché de presse sont on ne peut plus claires : le temps imparti est désormais écoulé. Lee Ranaldo bondit immédiatement hors de sa chaise et retourne raconter des âneries à Thurston Moore, comme si tout cela n'était rien qu'un minuscule fragment auditif sur la turbulente bande-son qui défile dans sa tête.

09/12/2010

STONE TEMPLE PILOTS - INTERVIEW 1994. HARD'N HEAVY Magazine

STONE TEMPLE PILOTS - INTERVIEW 1994. HARD'N HEAVY Magazine

VICTIME EXPIATOIRE D'UNE CERTAINE PRESSE QUI N 'AVAIT VOULU Y VOIR QU'UN ERSATZ DE PEARL JAM, STONE TEMPLE PILOTS TIENDRAIT-IL SA REVANCHE AVEC LE RAZ-DE-MARÉE CRÉÉ PAR PURPLE, SON SECOND ALBUM? HARD N' HEAVY REVIENT SUR LA TRAJECTOIRE D 'UN GROUPE QUI A AU MOINS LE MÉRITE DE NE LAISSER PERSONNE INDIFFÉRENT.


S'il y a bien un groupe qui doit se marrer en ce moment, c'est Stone Temple Pilots. Après avoir failli se séparer, laminé par les nombreuses attaques qu'il a subies de la part d'une presse qui le considérait tour à tour comme "un vil imposteur", "un opportuniste sans scrupule", "un clone de (rayer la mention inutile) - Pearl Jam - Nirvana - Alice ln Chains", "un attardé du grunge", voilà qu'il se retrouve seul en tête d'une course où les meilleurs pronostiqueurs le plaçaient bon dernier.
Sans bénéficier de la surexposition médiatique de ses "confrères" de Seattle, STP a brillamment surmonté le cap difficile du second album, rééditant l'exploit du premier, Core, avec une facilité déconcertante. On ne peut pas en dire forcément autant de tout le monde. (NDLR: Vous visez qui, là, au juste, très cher? Allez au bout de vos récriminations, que diable! Essaieriez-vous malignement de refancer un débat houleux à propos de la carrière d'un groupe que nous ne citerons pas mais dont le nom commencerait par Pearl et se terminerait par Jam, hum?).
Et si l'ambiance étaient plutôt tendue lors de la sortie de Purple, près de quatre millions d'albums vendus plus tard et une tournée américaine à guichets fermés nous renvoient aujourd'hui l'image de musiciens d'une sérénité quant à leurs possibilités à faire pâlir d'envie Vedder, Cornell et Staley réunis. Le soi-disant "mauvais élève" serait-il en passe de devenir premier de la classe? On pourrait le croire en effet et ce ne serait que justice, car contrairement aux autres, il n'a pas vraiment été aidé.
En toute logique, Scott Weiland fait donc aussi peu confiance aux journalistes qu'aux professeurs qui ont vainement essayé de lui inculquer un tant soit peu de discipline étant jeune.

STONE TEMPLE PILOTS - INTERVIEW 1994. HARD'N HEAVY Magazine

Weiland : Tout ce qui de près ou de loin représente l'autorité, comme ceux qui s'érigent en donneurs de leçons, me révulse. Je ne supporte pas qu'on vienne me dire ce que je dois faire ou comment le faire. Pour ce qui concerne la presse, c'est pareil. Il n'y aura jamais aucune passion dans mon coeur pour les rock-critics. Je ne pourrai jamais apprécier des gens qui tirent leur plaisir à en descendre d'autres. Ils restent le cul vissé à leur bureau toute la journée, à bien choisir leurs mots pour casser untel ou répandre des rumeurs. Les groupes ne sont rien d'autre pour eux que des cibles dans un jeu de fléchettes. Je sais qu'il me faudrait être au-dessus de ça mais je ne peux pas mentir et prétendre que je ne suis pas blessé quand quelqu'un qui ne te connaît ni d'Eve ni d'Adam s'amuse à te poignarder, autant personnellement que musicalement. Quand la musique n'est pas totalement absente de ses "préoccupations".

Mais, pour mieux comprendre ce personnage hors du commun et sa psychologie parfois déroutante (même si, au regard des volées de bois vert dont STP fut la victime, on peut comprendre son aigreur), mieux vaut encore revenir en arrière afin de découvrir le passé tumultueux de ce "grand perturbé".
Né en 1968 à Chagrin Falls, dans l'Ohio, Scott Kent "encaisse" le divorce de ses parents à l'âge de deux ans. Lorsque sa mère se remarie quelques temps plus tard, Scott adopte le nom de son beau-père, Weiland. Son feuilleton préféré est alors Flipper Le Dauphin, si bien que lorsqu'on lui demande ce qu'il voudrait faire dans l'avenir, il répond le plus souvent: "Plus tard, je veux être un dauphin!" Il a quinze ans lorsque sa famille s'installe à Huntington Beach, dans la grande banlieue huppée de Los Angeles. C'est sur cette Côte Ouest éternellement ensoleillée qu'il trouvera une certaine fascination pour certaines substances "psychédéliques".


Weiland : Je n'étais pas accro. Je cherchais juste à m'ouvrir l'esprit. C'était toujours les autres qui semblaient s'inquiéter...

Il y avait tout de même de quoi! Après s'être évanoui un jour en pleine classe, Weiland sera ramené chez lui sur un brancard, sa mère ne trouvant alors d'autre alternative que d'envoyer son fils subir une cure de trois mois dans un hôpital psychiatrique. De retour au lycée, il sera alors traité en paria, devenant l'asocial chronique qu'il est resté à ce jour. À cette époque, cet adolescent est encore peu concerné par la musique, bien qu'il ait fait partie... du fan-club de Kiss! En fait, l'origine de Stone Temple Pilots remonte à sa rencontre avec le guitariste Corey Hicock, qui fréquentait le même lycée que lui. Ce dernier l'initie notamment à The Jam et Buzzcocks. Weiland et Hicock forment ainsi un groupe punk du nom d'Awkward Positions.
En 1986, lors d'un concert de Black Flag, Weiland fait la connaissance du bassiste Robert DeLeo. Les deux hommes découvrent notamment qu' ils sortent avec la même fille! Plutôt renfermé, DeLeo passe le plus clair de son temps en pyjama à enregistrer toutes sortes de bizarreries sur son huit pistes... Son sens de la mélodie frise cependant la perfection et Weiland insiste pour qu'ils forment un nouveau groupe ensemble. Baptisée Swing dans un premier temps, la formation est complétée par le batteur Eric Kretz. Ce dernier Iravaillait alors comme serveur et rêvait de trouver un moyen d'en sortir. Bingo!



Hicock ne faisant rapidement plus le poids, il s'effacera au profil d'un nouveau guitariste que Robert DeLeo n'aura pas à chercher loin puisqu'il s'agit de son grand frere Dean. Sur une inspiration aussi subite que mystérieuse, le groupe adopte alors le nom de Mighty Joe Young, apparaissant pour son premier concert, en août 1990, en ouverture d'Henry Rollins au Whisky-A-Gogo de Los Angeles.
Signés par Atlantic le premier avril 1992, les quatre musiciens découvriront cinq mois plus tard que le véritable Mighty Joe Young est un vieux chanteur de blues qui s'apprête à repartir en tournée! L'album Core est alors sur le point de sortir, aussi le groupe utilise le sigle d'une célèbre marque d'huile pour moteur, STP, pour se dénommer Shirley Temple Pussy (" la foufoune de Shirley Temple"... Comme quoi Weiland et ses comparses pouvaient faire preuve d'un certain sens de l'humour), puis Stone Temple Pilots, sa maison de disques préférant infiniment cette deuxième appellation. Allez savoir pourquoi...
Tout semble aller pour le mieux, mais, dès la sortie de son premier single, "Sex Type Thing", le groupe est violemment attaqué par la presse, celle-ci l'accusant de faire l'apologie du viol, sans tenir compte du caractère légèrement ironique des propos de Weiland. Cela n'empêche nullement la vidéo qui accompagne ce morceau de bénéficier d'une rotation intensive sur MTV, l'album commençant du coup et rapidement à se vendre par wagons. Avec le single suivant. "Plush ", les critiques reprendront de plus belle. Plus que la façon de chanter de Weiland, c'est son attitude dans le nouveau clip du groupe qui sera souvent prise pour une singerie pure et simple des mimiques caractéristiques d'Eddie Vedder. Dans un premier temps taxé d'opportunisme, le groupe sera bien vite accusé de plagiat.
STP aura beau refuser l'alléchante proposition d'assurer la première partie de la tournée Aerosmith, préférant jouer en co-tête d'affiche avec les Butthole Surfers, histoire de regagner un tant soit peu de crédibilité, rien n'y fera. En dépit du succès de Purple (l'album avait dépassé les trois millions d'exemplaires vendus, malgré les déclarations répétées d'Eric Kretz régulièrement dispensées sur le même ton ("Tout ça, c'est de l'histoire ancienne. Les programmateurs n'en parlent plus et plus personne ne nous casse les pieds avec ces racontars lors des concerts ... "), Stone Temple Pilots semble perpétuellement en quête de respectabilité.


Eric Kretz : Les gens considèrent nos chansons différemment désormais. Le succès de l'album nous a vraiment rendu heureux dans la mesure ou il a prouvé que les critiques se gouraient complètement en nous collant cette réputation. 
 
Au-de là de son simple succès commercial, Purple allait démontrer (et surtout confirmer) qu'il exista it bel et bien une écriture Stone Temple Pilots et combien Weiland n'était en rien un "compositeur d'opérette"
Certes, la clarté des thèmes el des inspirations n'est pas forcément au rendez-vous, ce que reconnaît volontiers l'intéressé, sans qu'il ne faille considérer celle "tendance" comme un aveu d'échec ou une quelconque limite créative

Weiland : Certains écrivent des chansons descriptives, d'autres même ne composenl que comme ça. Personnellement j'en suis incapable, dans le sens ou je ne me sens pas à l'aise dans ce cas de figure particulier. Ce que j'écris, c'est ce qui me traverse l'esprit à tel ou tel moment, sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir comment. Réagir à l'instinct, systématiquement ou presque, voilà ma règle. C'est d'ailleurs comme ça que je fonctionne tout le temps, pas seulement quand il me faut pondre une chanson. Si je n'ai pas mon carnet avec moi, mon petit journal de bord, mes poches se remplissent vite de bouts de papiers de toutes sortes, où sont griffonnés au hasard une idée, une phrase, voire un simple mot. Dans ces moments-là, je prends tout ce qui me passe sous la main et ça devient vite très ... grave!

Quoi qu'il en soit, carnet de notes ou pas, satisfaction d'un auteur ou pas, le moral des musiciens fut tout de même fortement perturbé, à tel point que Weiland avoua que les relations au sein du groupe étaient au bord de la rupture.

Weiland : Pendant toute la période où nous avons composé les morceaux de Purple, nous ne nous adressions pratiquement plus la parole. Nous en etions arrives à penser que ce serait notre dernier album ensemble. Je sais que Robert a lui aussi traversé des moments pénibles. J'imagine le genre de sentiments qu'il devait éprouver au fond de lui. 

L'album terminé, Weiland fut ainsi à nouveau obligé de passer un séjour en hôpital psychiatrique. 

Weiland : C'était très dur à supporter pour moi. J'étais tout il fait prêt à accepter des comparaisons avec les Doors, ou n'importe quel groupe appartenant au passé. Mais être sans cesse associé à des groupes actuels... Cela m'a rendu très amer. Au départ, mon instinct me disait d'ignorer tout ça. Mais plus le temps passait et plus cela devenait difficile. Je me sentais profondément blessé et je commençais même à craquer. La presse rock nous a complètement gâché le plaisir de notre premier album. J'éprouve beaucoup d'estime envers Eddie Vedder et les valeurs ou les idées qu'il défend. C'est un artiste très respectable. Mais je n'ai jamais eu l'impression que si l'on nous plaçait côte à côte, nous aurions l'air de frères siamois ou quelque chose dans le genre.
Eric Kretz : Avec le succès de Purple, tout semble rentrer dans l'ordre au sein du groupe. Nous contrôlons beaucoup mieux ce qui se passe autour de nous maintenant. Jusqu'à présent, presque tout nous tombait dessus par accident. Les relations entre Scott et Robert ne sont ni pires ni meilleures que les années passées. Simplement, ils ont changé. Nous avons tous changé et appris à nous satisfaire de ce que nous sommes, en tout cas plus qu'avant. 

Un bonheur malgré tout fragile, forcément fragile, comme si certaines cicatrices d'un passé récent restaient encore à vif ou que la montée en puissance de Stone Temple Pilots un peu partout sur la planète ne soit source d'autres angoisses et n'engendre d'autres remises en question chez un Weiland manifestement peu préparé à un tel "lessivage" de l'esprit quasi permanent.

Weiland : Je suis beaucoup plus heureux désormais, presque serein. À cause de Purple, moins par son simple succès "comptable" que pour ce qu'il est et représente pour nous. J'ai l'impression que nous sommes en train de saisir une chance de renaissance, de second départ. Pas d'un simple point de vue de carrière mais pour nous-mêmes, en tant que groupe, en terme de relation entre quatre types. Je ne suis qu'un homme comme les autres qui mange, dort, chie, tout ce que tu veux... Mais, parce que j'ai une position à part aux yeux de certains, on fait de moi un super-héros, sur qui les choses devraient glisser et ne jamais m'atteindre. Comportement de merde! Mensonge! Je peux être blessé dans mes sentiments, exprimer de la colère, de la haine, comme n'importe quel péquin moyen! Et c'est ce genre d'incompréhension, ce fossé entre la façon dont on te perçoit à l'extérieur et ce que tu ressens vraiment, qui peut te faire perdre le fil et la foi dans ce que tu cherchais en faisant de la musique au départ, ce désir plus fort que tout de jouer toute une nuit dans un garage et faire le plus de bruit possible...

20/10/2010

SPICY BOX - "Mouvements" CD. 1997.

J'avais oublié. Sous quelques strates de préjugés rétroactifs, et sous l'effet de musiques plus actuelles et plus puissantes, j'avais oublié cet album qui s'était retrouvé chez moi coincé dans la case "Truc éléctro" pas très reluisante, synonyme de vieux truc périmé qui n'a plus d'effet...
Même si les coins plus très carrés de sa boite explosée avaient recroisé mon chemin, les visuels assez typés Photoshop de la pochette ne m'avaient pas redonné envie... Et pourtant... Ce deuxième album de SPICY BOX c'était pas de la daube, c'était même cool dans le style "fusion" mêlant de nombreux styles, dont de l'éléctro/ techno/ jungle bien rythmée, des guitares entre punk et rock/ metal, des vocaux influencés par le punk et le hip hop, avec pas mal de bidouillages électro qui rajoutent de la vie et un certain côté robotique à l'ensemble.
Le point fort du groupe à l'époque était donc de mélanger les styles,
des influences venant à la fois de la techno, du rock, du rap, voir de l’Afrique, tout en gardant une ambiance chaude et en restant assez facile d’accès. C'est rythmé, varié sans en faire trop... Parfois simplement énergique, d'autres plus énervé, parfois assez cynique, d'autres plus sombre...
Un autre de leurs points forts résidait dans le chant, accrocheur, efficace, bien placé, qui montrait que le groupe avait des choses à dire ("Tenez votre police en laisse", "Plein pouvoir à ton corps", "Le savoir ne suffit pas, je veux aussi douter...", "Le consensus, tout le monde suce...")
Musicalement on pense à PRODIGY (Normal vu le mélange), à des influs SONIC YOUTH coupées à des touches de GODFLESH, aux vieux CHEMICAL BROTHERS, voir parfois aux Béruriers noirs en (vachement) moins cheap...
On est encore dans l'époque pre-Internet, l'inconscient underground collectif baigne encore dans le cyber punk, la SF, une vision assez "apocalyptique" du futur et ça se sent. Quand j'écoute cet album j'ai un peu l'impression d'être dans une distribution Linux comme Ubuntu ou Slitaz, alors que la scène "éléctro" actuelle dégagerait plus une ambiance "froide" proche de celle historique de Windows (Pas forcément celle de "Seven" qui fait moins Windows).
Alors oui, les guitares pourraient sembler un peu communes en comparaison de ce qui s'est fait ces dix dernières années, et niveau électronique rien ne sonne plus comme étant original ou neuf (En même temps 13 ans après...), mais au contraire de nombreux trucs électros actuels qui se complexifient et en font toujours plus pour trouver les miettes restantes de l'absolue originalité, SPICY BOX sonnent de façon efficace, avec énergie et chaleur...
Il y a ici une ambiance corporelle qui fonctionne toujours, même des années après.
Alors tous les morceaux de cet album ne me plaisent pas autant, et je ne sais pas si SPICY BOX accrocherait ceux qui aiment les choses vraiment chargées ou très épaisses, mais j'ai été surpris par son efficacité, son côté accrocheur et pas prise de tête (Car inspiré par le corps... Kebab power inside?)
Si vous trouvez "Mouvements" durant une braderie (Ce qui n'est pas impossible, je l'ai vu plusieurs fois), tentez le coup c'est pas dégueux! Leur kebab n'était pas coupé aux restes moisis de l’abattoir...

15/09/2010

ORODRUIN "Epicurean mass" CD. 2009


Certains sites spécialisés en doom n'ont pas été très enthousiasmés par cet album, parfois au point de le comparer à une mauvaise copie, à une barre chocolatée sans chocolat ou un biscuit énergétique sans céréales... Mais que peut bien en penser l'auditeur qui n'a pas au compteur des milliers de kilomètres de lourdeurs doomifiées et écrasantes, qui n'aurait pas été sujet à une écrasante overdose l’empêchant d'apprécier des groupes cools, même s'ils ne sont pas très originaux?
Cet auditeur pourrait trouver ce disque plutôt bon; D'abord au niveau de la production il n'y a rien de désagréable: Les guitares sont assez rondes et épaisses, sans être très massives non plus, la batterie ne pose pas de problème, et l'ensemble du spectre sonore donne une impression assez arrondie qu'on pourrait appeler d'intimiste.
A un niveau plus musical tous les ingrédients semblent en ordre pour passer un moment cool de relaxation doomifiée: Le style évolue dans un doom traditionnel fortement marqué par les deux premiers CATHEDRAL, avec un peu de SAINT VITUS (Dans ses moments les moins lents et moins "chiants") ou du BLACK SABBATH le moins rock'n roll, donc ça balance entre le sombre assez lourd (Qui n'est pas vraiment monolithique) et des choses un peu plus mid-tempo (Qui ne tombent pas dans le stoner ou le rock'n roll).
J'apprécie le fait que l'ensemble reste assez dynamique, les changements de riffs sont assez fréquents, la batterie n'est pas ultra simpliste et le chant assez varié est plutôt réussi... Parlons en du chant, par moments il est assez "mélodique" et classique, alors que dans d'autres il est très proche de Lee Dorian sur le premier CATHEDRAL: Je pense à ces moments plus pleurés, qui couplés aux riffs aussi très cathedralesques, donnent une impression troublante, ils auraient presque pu se trouver sur des démos de "Forest of equilibrium"...
Après il n'y a rien de vraiment retournant, de trippant au point d'être transporté dans des lieux imaginaires plus éloignés que le cimetière local, mais pour un album traditionnel je trouve que "Epicurean mass" est assez réussi et agréable à écouter. Reste donc à voir ce que vous cherchez comme type de doom, et le nombre de kilomètres au compteur de votre doom-mobile.

09/09/2010

MILES DAVIS - "Aura" CD. 1989.

Bizarre, bizarre... Il règne sur cet album une ambiance étrange, un truc pas catholique qu'on ressent assez peu dans les enregistrements de jazz... Une chose qui m’a fait me sentir assez menacé aux premières approches… Un peu comme si l'homme à la trompette était particulièrement mal intentionné et préparait méticuleusement une vengeance ancestrale. Nous sommes au milieu d'une nuit très sombre, l'homme noir pompe sur son cigare pour mieux recompter ses cicatrices, revivre ses blessures anciennes néanmoins pas refermées... La ruelle est froide, humide et obscure, comme noircie par du charbon, les vieux rats à moitié morts se sentent comme pris par une envie folle de danser diaboliquement sur ces rythmes de batterie concassés, relancés par les accoups de claviers faisant l'effet de rackettes de tennis, sur lesquels une trompette puis une guitare peuvent partir en improvisation ou en solo...
Passons ce petit descriptif d'interprétation personnelle qui ne représente pas l'intégralité du disque, mais plutôt certaines pistes, car l’enregistrement global contient son lot de parties sans rythmes, plus ambiantes et menées par une trompette...
L’atmosphère évolue aussi entre le nocturne, le sérieux, le mystérieux, l'austère, ou une simili nostalgie se muant en ambiant inquiétant... Bien sur il y a des choses moins sombres, plus groovy, un peu plus zens, par moments enrobées d'influences tribales ou fusion, ou simplement calmes…
Je trouve que ce disque contient du bon et du moins bon, certaines parties jazz concassées sont assez accrocheuses et certaines parties "ambiant" sont assez parlantes, alors que d'autres choses sont moins intéressantes, un peu longues ou moins inspirées.
Mais même s'il n'est pas parfait, je trouve que "Aura" en a quand même dans le caleçon et qu'il colle bien à l'appellation de "Jazzman fou"... J'avais même imaginé que ce fut une sorte d’exutoire pour Miles Davis qui aurait craqué une bonne série de câbles et lâché un gros truc bien noir... Mais quelques recherches sur le web m'ont montré qu'il n'en était pas le compositeur.

15/07/2010

YES "Fragile" LP. 1971



"Yes", c'est pas mal comme nom de groupe... "Oui", comme pour dire à l'auditeur hésitant en face des jolies pochettes que "Oui, c'est bon, tu peux entrer dans notre monde, tu ne t'ennuieras pas, tu aimeras, tu voyageras...".
J'ai parfois un peu de mal avec les vieux GENESIS ou VAN DER GRAAF GENERATOR, car ils ont tendance à rester un certain temps sur des passages symphoniques ou "ambiants" que je trouve assez chiants car trop longs, ça manque de dynamisme pour mes oreilles... Mais avec YES ce problème n'est pas présent.
Bien sur on retrouve ce côté symphonico/ ambiant intégré par beaucoup de groupes prog des années 70, mais l'accent est largement mis sur un rock dynamique joué par des musiciens à trois bras qui n'hésitent pas à partir dans des envolées techniques bien adaptées (Ne donnant pas une impression de démonstration, à condition d'aimer les choses un peu plus compliquées): C'est inspiré, dynamique, frais, les changements de thèmes sont nombreux et bienvenus, les différents passages assez variés... En un mot: "Oui".
Alors que chez certains groupes progressifs l'ambiance est assez sombre ou futuriste (étrange), ici on entre dans un domaine imaginaire assez féerique, une sorte de conte avec ses multiples tiroirs imagés, avec des ambiances diverses mais souvent assez positives (Sans être gnan-gnan), c'est enthousiaste et ça porte assez à l'imagination (D’ailleurs les illustrations en couvertures correspondent très bien à cet univers)
Alors que certains groupes de prog sont un peu difficiles à aborder, ici ce n'est pas vraiment le cas car YES garde un certain soin des choses qui sonnent bien "naturellement" et peuvent accrocher l'oreille à la première ou deuxième écoute, par exemple le chant relativement "pop" aide l'auditeur à ne pas se perdre (Enfin, un chant "pop" qui peut quand même partir dans des choses abstraites ou rêveuses). En fait on pourrait dire que c'est une vision technique et progressive du "pop rock" ou une approche plus "pop" du progressif (Parfois très sérieux, voir mathématique), suivant l'angle d'approche.
Je ne dirais quand même pas que "Fragile" est un disque totalement excellent à tous les niveaux; Tout comme beaucoup d'albums il contient ses pics et ses petites redescentes, ses morceaux excellents et ses passages moins trippants, mais la qualité globale de la chose est très bonne! Ce disque vaut le coup, la preuve: Mon vinyle craque.

14/07/2010

SONIC YOUTH - "Dirty" CD. 1992.

J'ai été un moment assez admiratif de la façon dont SONIC YOUTH utilisent ici le noise pour en faire des morceaux. Par "noise", je pense aux bruits de guitare qui semblent au premier abord ne pas vouloir dire grand chose (Car ça n'est pas très mélodique ou riffique) mais qui sont expressifs et assez déglingués, contrôlés tout en gardant la fraîcheur du côté expérimental.
Le point fort de ce disque est de faire quelque chose d'accrocheur avec des bruits et de l'articuler dans des morceaux assez construits pour rendre la chose assez accessible... Dans un sens le ‘noise’ va un peu plus loin que les cordes flottantes et dissonances présentes sur d'autres disques du groupe, dans l’autre c’est bien construit voir un peu plus accessible que par le passé.
Bien sur tout n'est pas noise, il y a pas mal de réflexes rock, et de choses plus zen (Par exemple de la pop un peu défragmentée, mais pas commerciale); Puis l'approche expérimentale ou bruitiste varie assez suivant les titres, ce qui permet de varier les fraîcheurs.
Par contre le disque est un peu long, on approche une heure ce qui fait quand même beaucoup pour moi.
"Dirty" est un disque frais, avec à la fois pas mal de bonnes idées et de morceaux assez accrocheurs, ce qui est assez rare pour un disque expérimental (Même rock). C'est un des meilleurs Sonic youth que j'ai écouté. Après ça, je me dis que PLACEBO est un groupe qui porte bien son nom...

INTO PARADISE - "For no one" MCD. 1993.

Ouvrons le coffret caché au fin fond des profondeurs de l'oubli pour écouter ce groupe dans lequel jouaient... Aucun musicien connu.
Malgré un style pas très personnel (Comme la majorité des groupes passés et présents) INTO PARADISE avaient quand même des titres renfermant une ambiance pas dégueulasse. Leur musique évoluait entre rock et pop, avec des titres plus lancinants... Pour préciser tout de suite ma chronique, j'ajouterais qu'on retrouve souvent un côté aérien propre à cette époque, une approche qui rappelle par exemple les premiers U2. On retrouve aussi pas mal d'éléments de REM (Mais disons dans leurs passages les moins joyeux (Forcés?), même si on touche quand même à la pop radiofriendly et happy, mais sans excès indigérable), un petit côté RADIOHEAD, et une touche de STILTSKIN par moments... Sinon un morceau plus peinard fait carrément PIXIES.
Dans les moments les plus tristes le groupe arrive à développer quelque chose de plus dense, ressemblant un peu à un nuage vaporeux ou un mélange de vent et de pluie (Impression collant bien à l'image qui se trouve en pochette); Je les préfère dans ce type d’approche.
Globalement le style peut faire un peu naïf et déjà labouré, mais en gardant en tête que le disque est sorti en 1993 cette impression perd en vigueur.
Au final, on est forcément en face d'un disque moyen (Nombre de frissons? Nombre de secouages de tonneau?) mais avec quand même des qualités et plusieurs morceaux aux ambiances assez enrobantes. Et je ne sais pas, mais je trouve que ça sonne plus honnête (Même si moins efficace) que COLDPLAY ou MUSE (Par exemple...).

09/07/2010

KING DIAMOND - "Conspiracy" CD. 1989.

Après "Into the unknown" qui était bien peinard, après "Dead again" qui était déjà assez actuel (Mais toujours heavy) avec pas mal de putains de riffs, MERCYFUAprès "Abigail" et "Them" qui sont deux albums très très bons, voir excellents, KING DIAMOND pouvait difficilement faire mieux... Sur "Them" en 1988 il atteignait un super niveau de heavy metal complexe, assez varié, ou le jeu de chaque musicien était assez soutenu et ou tout était inspiré... Un an après sort "Conspiracy" qui continue globalement dans le même style, avec néanmoins quelques différences: On est toujours les oreilles grandes ouvertes face à un heavy metal classe, assez sombre (Et cynique par moments), avec le chant théâtral assez délirant du vocaliste, mais cette fois les morceaux sont un peu moins compliqués, un peu moins fournis; De plus l'ambiance est différente, elle est ici plus brûlante et on sent un côté plus tragique qu'auparavant (Il a pour moi un goût assez sanglant, pas dans le sens meurtrier "Gore", mais plus comme quand on vient de vivre quelque chose de difficile). Je trouve que le chant atteint ici des pointes au niveau du délire, et je me demande parfois s'il a déjà été aussi cynique.
On notera un certain essoufflement au milieu de la face A (J'ai découvert l'album sur 33 tours, donc je continue de le découper de cette façon), disons que ça reste correct mais que les riffs sont quand même moins intenses... Ce qui me surprend assez est que le début de la face B contient des morceaux excellents, parmis les meilleurs du disque, et que cette face ne retombe jamais vraiment. (Je n'ai jamais compris pourquoi ils n'avaient pas mis tous les meilleurs titres au début).
"The wedding dream" commence comme une musique de mariage, pour partir sur un thème désespéré dans l'état d'esprit "J'ai perdu un être cher"... C'est pas rien! Et ce morceau contient des guitares qui déchirent, des rythmes vivants et de ces vocaux Ah Ah
"Amon belongs to them" a un bon riff accrocheur ensuite repris en harmonie par une deuxième guitare plus haute, ça me ramène doit au lycée (Alors que tout n'était pas très "clair") et c'est pas rien non plus.
"At the graves" est un bon morceau heavy avec des accords presque acidulés qui déchirent, des notes criées qui frissonnent... En fait c'est un bon morceau bien foutu dans le style habituel du groupe, avec pas mal de breaks et de changements.
"Victimized" a un côté plus symphonique et une petite approche prog. Je trouve qu'on se rapproche un peu de l'album suivant ("The eye") dans le style.
Voilà, c'était un petit descriptif de mes morceaux préférés du disque.
"Conspiracy" n'est donc pas le meilleur album de King Diamond, si quelqu'un souhaite découvrir le groupe je conseillerais plutôt "Them" ou "Abigail", à moins qu'il soit fan de heavy sanglant avec une ambiance assez brûlante, dans ce cas "Conspiracy" (Et spécialement sa face B) c'est le bon choix Ah Ah.

07/07/2010

FRANK ZAPPA - "Zoot allures" CD. 1976.

 
J'avoue sans remuer les sourcils que les enregistrements de Zappa qui sont passés entre mes oreilles ne m’ont pas énormément plu... Ce que j'y avais entendu, du jazz assez compliqué et délirant, ne m'avait pas parlé des masses et je me demandais même s'il y avait quelque chose d'accrocheur pour un cerveau dont les deux hémisphères tournent à vitesse homogène, même sur l’autoroute de la musicalité interdimensionnelle… Donc j'avais plus ou moins rangé le cas "Zappa" avec les dossiers classés du style "On verra plus tard, mais dans longtemps"...
Puis un jour, au grès des braderies, je me suis retrouvé face à ce disque proposé pour une modique somme... La pochette donnait quand même une impression de rock ou de hard rock des années 70s, avec quatre musiciens présents comme l’ensemble du groupe sur une photo assez jaunie... J’ai hésité… Le CD n’était pas rayé… Puis je l'ai acheté, au pire ça ferait une brique en plus dans mes murs en CDs!
Et en fait ça ne fut sûrement pas une mauvaise idée, car ce disque est étonnement accessible! C'était peut être un signe des dieux du hard rock qui auraient mis ce disque sur mon chemin en prenant bien soin de le magnétiser de telle sorte qu'il s’impose à moi...

Niveau musical, il n'y a presque pas de traces de jazz ultime ou de choses difficilement approchables, mais le côté délirant reste quand même présent, donc nous pouvons continuer cette chronique en toute confiance.
Globalement je dirais qu'on évolue entre rock, hard rock, blues et pop, mais ça change assez d'un titre à l'autre, donc je me sens un peu dans l'obligation zizaguante de faire une approche piste-par-piste.
-"Wind up workin in a gas station" est un titre de rock pop assez classique avec quelques touches hard rock, et un chant principal tellement haut placé que je me demande si ce n'est pas du second degré. On y ressent un côté assez relax. L’intention est apparemment délirante, mais peut être pas assez poussée.
-"Black napkins" est composé d'un solo sur fond de hard bluesy. Pour du solo c'est assez technique. C’est sympa, pas désagréable, mais sans plus.
-"The torture never stops" est un morceau lent, bluesy et lancinant qui contient une petite ambiance assez sympa. J'aime la voix qui prend des intonations assez graves. Les samples de gens qui semblent souffrir ajoutent un petit côté humoristique, mais sont peut être trop sporadiques.
-"Ms pinky": L'intéret commence vraiment pour moi avec ce morceau cool, peinard, qui fait ressortir toute l'ampleur de l'ambiance relaxée du slip présente sur ce disque! On a ici un bon petit morceau bien cool et délirant, avec cet air donnant l'impression d'être dans un western de Terrence Hill et Bud Spencer, avec en plus ce chant assez grave aux intonations vraiment cools! Il y a un côté un peu grotesque, décalé tout en étant rond. C'est assez délirant. Miam!
-"Find her finer": Ce titre étale un peu plus de cette impression cool et crémeuse de western avec Terrence et Bud, le morceau débute avec un même type d'air peinard...  Je crois voir un canard… Puis le ton devient un peu plus classique dans le style groovy/ peinard, avec harmonica. Je note des intonations de chants sympas. C’est plutôt pas dégueux, ça me va.
-"Friendly little finger": Cette piste semble être une improvisation en concert sur un thème assez oriental, le jeu des guitares et basses est assez technique mais pas désagréable. C'est quoi cet instrument au début? On dirait une cithare couplée à du xylophone, et il y a un truc étrange dans les basses.
-"Wonderful wino": C'est un mélange entre rock et hard rock, avec une distorsion assez poussée pour 1976, mais surtout un chant dans les graves qui est cool! Les cuivres au niveau du refrain diminuent un peu l’effet coolifiant à mon avis... Si j'avais les paroles, je pense que je pourrais lire Zappa se prenant pour un gros macho dragueur à fond dans son trip (Un passage au milieu est assez rigolo).
-"Zoot allures" est un titre tranquille de plus, cette fois il se laisse couler tout doucement sur des accords plaqués me rappelant un peu Led Zeppelin sur "Houses of the holy", le jeu de basse derrière est pas mauvais... Mais en fait il manque quelque chose pour moi.
-"Disco boy" est un morceau rock pop rigolo qui caricature le succès du disco à l’époque: Ca démarre sur des accords rock de base, puis voilà un refrain avec des vocaux pop trop aigus pour êtres naturels, et apparaissent une nouvelle fois ces voix graves qui pourraient coolifier le plus banal et ennuyeux morceau de pop commerciale. Un morceau entre assez cool et rigolo.

Ce disque a une ambiance vraiment peinard. Il contient des bons morceaux comme des choses plus classiques un peu trop communes (Pas de quoi craquer les lattes du lit en pleine nuit).
J'aurais aimé que plus de crème dans le style délirant/ peinard eut été étalée, ou que plus de ces vocaux graves vachement cools eurent été entonnés... Mais globalement je trouve l'ensemble entre pas trop mal et assez cool; Je ne dirais pas que "Zoot allures" m'a donné une envie folle de chercher tous ses albums, mais il m'a au moins réconcilié avec ZAPPA ce qui est déjà pas mal.

MERCYFUL FATE - "Melissa" CD. 1983.

Après plusieurs années à répéter, composer et accumuler les idées, Mercyful fate sortent en 1983 ce premier album qui fait partie de la catégorie des disques excellents ou chaque riff (ou presque) est très bon, ou chaque enchaînement est bien pensé et mène de façon adéquate vers une autre partie de guitare de bonne qualité.
J'exagère peut-être un peu mais on en est pas très loin, et ça serait déjà très bon si les qualités de "Melissa" s’arrêtaient ici... Mais le groupe propose quelque chose de plus qu'une sorte de "best of" des passages les plus cools de Judas priest, ils avaient déjà une personnalité assez marquée notamment grâce aux vocaux de King Diamond, variés et grandiloquents, qui ajoutent pas mal d'expression et de couleurs différentes à l'ensemble. Il faut également citer cette ambiance rouge, assez brûlante (Et parfois un peu "mystique") qui se dégage tout le long de l'album, de façon dense.
La production aussi collait vraiment bien: Naturelle et sans artifice, ronde juste ce qu'il faut pour bien laisser ressortir cette fameuse atmosphère qui fut une des raisons principales pour lesquelles j'ai rapidement aimé.
Après c'est vrai qu'écouter ce disque aujourd'hui n'est pas forcément la même chose qu'il y a disons 15 ans et qu'il ne semblera plus forcément aussi "en phase", mais à ma connaissance ça ne pose pas de problème aux amateurs de heavy de cette époque ou la musique et l'émotion (Le contenu) étaient plus importants que la production et les "selling points" (Le contenant).
Le nom de ce premier très bon album, qui transpire la sincérité, résonne encore assez souvent dans les discussions les plus brûlantes de clans de heavy metalleux... Je ne saurais vraiment confirmer si c'est car le disque est leur meilleur à tous les niveaux, je dirais plutôt qu'il proposait quelque chose de spécial, et de particulièrement touchant au niveau émotionnel.
Ensuite vint leur deuxième disque, "Don't break the oath", qui m'avait moins plu. Peut-être car il était plus basé sur l’efficacité et ne contenait pas la même ambiance, ou car la production était moins ronde et plus agressive, mais c'était quand même un bon enregistrement.
Je conseillerais assez à ceux ne connaissant pas Mercyful fate de bloquer quelques heures un samedi après midi, de boire quelques bières pour bien se relaxer, puis de mettre "Melissa" dans la platine! Il ne pourra rien vous arriver de mal, au pire vous trouverez peut-être un manque de dynamisme, et si c'est vraiment le cas vous pourrez toujours tester un de leurs albums plus récents (Une partie sont plus touffus et offrent une version plus actualisée du heavy).

OCEAN "Monument/ Fork Lashing Eye" Demo CDr. 2004


Amateur de lenteur et de lourdeur pachydermique, cet enregistrement pourrait t'intéresser.
Ce disque contient 2 morceaux pour un total de vingt cinq minutes et quarante secondes, OCEAN y joue du doom prenant les côtés les plus monolithiques des vieux CATHEDRAL (Les débuts... Sans le côté lyrique qui "chiale"), c'est lent, presque binaire, monocorde... Monocorde est le mot car le groupe aime plaquer des gros accords qui durent un moment, c'est d'ailleurs la principale façon de riffer ici, ils pourraient rendre la chose un peu plus efficace en ajoutant quelques tics death metal ou un peu plus d'harmonies à deux guitares... Mais non, ils ont décidé que l'hippopotame vaincrait à l'aide de gros accords du type "énorme rocher cubique" et d'une batterie souvent primaire et parfois tellement basique qu'elle peut faire penser à des coups de pelle ou de pioche (Ambiance inhumation ou exhumation au choix... Dans les deux cas vous êtes déjà dans le cercueil).
Pour revenir aux similitudes et potentielles influences, je pense aussi à WINTER car le tempo peut être assoiffant, quelques passages font un peu vieux MY DYING BRIDE (Epoque death doom) sans qu'on rentre vraiment dedans, je vois un peu de SEVENCHURCH (Un vieux truc sûrement oublié) pour le côté bien lent (Presque ennuyeux), et certains parties pourraient faire assez sludge sans ça soit aussi flagrant qu'un coup de pelle.
Le son de guitares est presque death metal, remplis de fréquences basses, ce qui colle bien au style.
Le chant, assez peu présent, ne se rapproche ni des vocaux gutturaux ni de choses plus lyriques, il prend la forme de cris plus aigus et torturés mixés en arrière, ce qui tantôt pourrait faire black métal tantôt donner un petit goût de sludge.
L'approche que ce disque prend est assez extrême, assez impressionnante de par son côté radicalement lent, mais il manque un truc à mon goût: Soit une ambiance vraiment prenante qui t'aspires vers l'intérieur, soit des riffs un peu plus marquants. C'est donc un disque agréable à écouter, avec un son bien grave, mais je n'y ai pas découvert le truc génial s'il est présent.

09/04/2010

EXIT 13 - "Ethos musick" CD. 1994.

Après un premier album assez moyen, qui m'a peut-être correctement ennuyé comme je l'ai découvert des années après celui-ci et par ordre inverse à la chronologie, EXIT 13 remplace quelques boulons et passe au niveau supérieur: Le style est plus maîtrisé, plus efficace, le jeu plus adéquat (A la bonne vitesse?) et le son plus puissant.
Ils aimaient la fumette, ça se voit sur la pochette assez hallucinogène et ça s'entend dans la musique zigzaguant entre du grindcore/ death grind ou affiliés blastophiles, du jazz ludique ou amis du rock'n roll, et du sludge avec quelques touches stoner pour bien écraser ta tronche à l'aide du son de guitare en pur bitume granuleux.
Bon, il m'avait quand même fallu un peu de temps pour acclimater l'objet et apprécier ce qui se passe dedans... Mais même si l'énoncé des ingrédients peut laisser imaginer un "mélange de ouf", laissez moi vous rappeler qu'on était en 1994 et que la cuisine moléculaire n'était encore pas si répandue, donc les influences jazz n'étaient pas si fortement accouplées aux parties grind et on en était pas encore aux mélanges hyper complexes, techniques et parfois durs à suivre qu'on entend plus souvent de nos jours: Il est plus question d’enchaîner quelques minutes de grind à une partie jazz, d'inclure des influences moins binaires et plus exotiques dans le style, de jouer un peu sur le côté rock'n roll ou le rythme jazzy en tirant un peu sur l'élastique, sans encore atteindre des sommets de délire musical... Mais pour l'époque c'était quand même assez novateur, et je me demande même si je ne préfère pas un peu cette option à la compliquite musicale actuelle atteignant certains musiciens (Mal de crane...). Un morceau rapide assez proche de NAPALM DEATH sur "Utopia banished", avec quelques contre-temps bizarroïdes, des touches rock'n roll et qui se termine sur un passage beaucoup plus jazz, c'est plutôt cool, non?
Vient à ce moment la question de la production, qui peut à la fois être un problème et un avantage... La guitare est hyper saturée, presque écrasée par elle-même avec une pédale métal zone à donf: Dans les moments sludges les plus lourds, elle est assez massive et ça le fait, par contre quand ça joue très vite ce n'est pas toujours facilement audible (Surtout avec quelques contre temps "tordus"... Au début je pensais que c'était du bruit). Sinon j'ai toujours trouvé la batterie un peu aiguë pour le style, une grosse caisse ça doit faire "boom"! Alors d’un côté cette production peut faire très extrême, et attirer les amateurs grindophiles, de l'autre ça complique l'approche du disque... C'est ce qui m'avait rebuté quand je l'ai découvert à l'époque.
Le chant était aussi un peu particulier: Il était assez aiguë, ni vraiment crié ni parlé, proche d'un chat cancéreux se faisant écraser (Ils ont du écouler tout leur stock de chats tuméfiés durant l'enregistrement!) et à d'autres moments il partait dans un effet de pitch assez liquide, ça qui rendait l'ensemble plus facilement audible Ah Ah.
Le groupe était politiquement engagé, donc on avait droit aux textes et samples de discours qui suivent (Une piste de plusieurs minutes ne contenait même qu'un discours... Le tout en anglais, je ne comprends rien, passionnant).
A noter que la bassiste Dan Lilker avait joué dans des tonnes de groupes et projets, dont Anthrax, Nuclear assault, Brutal truth... Le liste est longue (Et il continue toujours lol)
Je regrette qu'EXIT 13 ne soient alors pas allés un peu plus loin dans les influences Jazz, malgré leurs efforts pour diversifier leur style on reste globalement en présence d'un album de grind/ sludge à touches jazzy: On a un peu l'impression que les potards sont toujours à fond même quand ça ne bourrine pas, alors que ça aurait pu être plus cool pour l'auditeur de sentir plus de variations entre des choses très zens et d'autres plus extrêmes... Quand j'écoute ce disque actuellement c'est rarement en entier, car je le trouve un peu fatiguant (Peut être à cause du son). Enfin je dis ça, mais je l'aime plus qu'à l'époque ou il me semblait quand même assez bof bof...
"Ethos musick" est donc un album pas dégueux, il n'est pas non plus génial mais il aurait assez d'arguments pour plaire aux fans de trucs à la fois assez extrêmes et un peu décalés.

YNGWIE MALMSTEEM - "Trilogy" Lp. 1986.

Le premier album d'Yngwie Malmsteem, "Rising force", avait eu un impact certain dans le monde du hard rock. Ce guitariste poussait plus loin le  mélange de hard rock et de thèmes venant directement de la musique classique, et surtout, il avait un niveau technique bien supérieur à la moyenne! Le tout mêlé à une note d'arrogance bien marquée, et on avait là un des guitar-heros les plus médiatisés dans le hard des années 80. On pouvait en lire des pages et des pages, il faisait souvent la une de Hard rock magazine, de nombreux guitaristes s'étaient eux aussi enfermés dans leurs cagibis pour faire des gammes 8 heures par jour et espérer devenir eux aussi des héros…
Néanmoins, au fur à mesure on pouvait plus régulièrement lire que le père Malmsteem manquait de feeling, petit à petit la presse semblait moins unanime quant à son génie, certains le trouvant même assez répétitif, au point qu'il devenait dans certains cas une sorte de ballon de baudruche sur lequel il devenait bien senti de tirer... A tort ou à raison?
Plutôt que de parler, encore, d'un album culte, penchons-nous sur ce troisième disque afin de juger de ses qualités et différences en comparaison de son illustre ancêtre, et il y en a d'assez significatives. Ce qui m'a plaisamment surpris à la première approche est l'ambiance chaude plus présente, alors que le premier en manquait justement un peu, ici c'est plus rouge/ orange, plus brûlant et plus confortable à écouter. Ensuite il y a plus de chant, alors que "Rising force" en contenait sur seulement quelques titres, ici une grosse partie des morceaux en comptent et c'est appréciable car l'écoute s'en trouve plus facile.
Sinon je trouve que l'ensemble a une approche plus “ FM ”, notamment à cause de l'utilisation de certains claviers ou de plusieurs chants en chœurs (C'est quand même moins marqué que dans EUROPE ou certains trucs de DEF LEPPARD); mais globalement on reste en présence d'une sortie de heavy/ hard, avec toujours un certain esprit tragique dans le feeling, un petit style de jeu parfois presque "sanglant" qui est assez sympa... Puis les solos qui jouent sur les gammes classiques sont quand même assez cools à écouter! (Techniques et rapides, pas toujours remplis d'un immense feeling, mais au pire ça sonne juste et c'est pas du n'importe quoi dans le genre boîte-de-pâté-pour-chat-math-pepsi-core) C'est ce côté assez classe et relativement émotionnel que j'avais trouvé sympa au début.
Le père Malmsteem était souvent accusé de branlette de manche... Mais en relativisant un peu, en écoutant ce disque dans le contexte actuel on peut être surpris de ne pas se sentir face à quelque chose de spécialement masturbatoire: Au niveau guitares rythmiques il n'y a pas de plan indigérable, pas de break incompréhensible, les morceaux sont battis de façon assez classique; Le côté technique est surtout présent dans les solos qui ne débordent pas trop dans tous le sens, à part peut être à quelques occasions... En fait ce que je reprocherais à ce disque c'est d'avoir quelques morceaux un peu vides au milieu de chaque face, et de ne pas proposer un petit coup de boost ou quelques surprises qui tuent.
Pour ceux qui ne connaissent pas et voudraient quelques noms de disques pas très éloignés, je trouve que le côté heavy metal brûlant est assez proche du premier WASP, alors qu'au niveau riffing et ambiance on est par moments pas très loin de "Peace sells... But who's buying" de MEGADETH.
En comparaison globale de "Rising force," je trouve que ce disque contient moins de riffs marquants dont on se souvient longtemps après, par contre il a plus d'ambiance et est un peu plus battit autour de morceaux, ce qui le rendrait plus appréciable pour le fan de heavy qui aime écouter un disque bien peinard en se plongeant dans l'ambiance. "Trilogy" est un disque plutôt cool, pas exceptionnel, mais si vous le trouvez pour une somme correcte il ne ferait pas l'intrus dans votre grosse collection Hard/ Heavy retro.

25/03/2010

IGGY POP "Instinct" CD. 1998.










Ca ne doit pas être le disque préféré des fans d'Iggy pop, comme ce n'est pas le plus énergique et le plus rock'n roll, mais de la petite dizaine que j'ai exploré "Instinct" est un de ceux qui me plaisent le plus. Peut être car c'est l'un des plus proches du hard rock, qu'il contient des ambiances chaudes assez sombres et "tranquilles", que le rythme est assez lourd (Ou heavy) pour le style, ou que le chant d'Iggy pop le fait bien sur une partie des morceaux (Le côté crooner à vocaux graves, la façon assez cool et nonchalante de prononcer les mots... Dommage qu'il ne chante pas toujours dans les graves sur ce disque, comme sur la totalité de sa discographie, car sa voix habituellement plus "hystérique" me plaît moins).
Le style n'est pas recherché, le but est de faire du rock simple et assez immédiat qui pourrait parfois rappeler AC/DC, parfois évoquer le hard rock des années 70s, et les images qui en ressortent sont logiquement assez clichées: On s'imagine sur une grosse bécane les cheveux dans le vent au moment du coucher de soleil, on se voit au milieu des années 70s dans un bar remplis de cow-boys poilus prêts à en découdre pour une chope de bière, on imagine un rocker déchu et déçu qui tel Lucky luke rentre au bercail pour penser ses plaies (I'm a poor lonesome cowboy)... D'ailleurs la pochette tout comme le titre vont aussi dans ce sens.
Plusieurs chansons sont cools: Il y a une ambiance, du riff qui le fait pas mal, ou du chant accrocheur, je pense à "Cold metal", "High on you", "Tom tom" ou un peu de "Easy rider". D'autres sont moins cool, voir bof, mais rien d'affreux...
"Instinct" est donc un album peinard, plutôt cool à chopper au recoin d'un carton durant une braderie. Le gros fauteuil en vieux cuir usé vous remercierait presque d'avance pour les futures siestes passées avec l'iguane...

PETER "Paracelsus" CD. 1994.










Voici un projet parallèle d'un membre de LAIBACH. La pochette renferme un petit concept ainsi que des équations mathématiques censées l'étayer, mais penchons-nous sur le contenu auditif qui est plus intéressant à mon avis. C'est de la musique électronique, apparemment programmée sur ordinateur, qui évolue quelque part entre de la techno assez soft (Plutôt proche de KRAFTWERK) et de la drum'n bass, en gardant néanmoins un côté assez sombre à l'aide de samples relativement austères (Extraits de films, voix parlées, quelques violons). Durant l'écoute je pense à une version plus dansante de MICK HARRIS sur "Overload lady", à THE PRODIDY, parfois on est pas très loin des premiers disques de trip hop (Samples) alors que de temps en temps des influences de la vieille EBM se font sentir.
Le contenu est relativement rythmé, sans néanmoins donner envie de mettre un pied devant l'autre, il y a toujours une sorte de rigidité, ou de sérieux, qui pourraient résulter en de l'austérité en forçant sur quelques manivelles… Mais l'atmosphère, ou l'état d'esprit qui en ressortent donnent plus une impression de documentaire sur l’Europe de l'Est (Si je puis dire) qui ne tomberait pas dans les sujets extrêmes.
Malgré une quantité de sons suffisante et pas mal de changements, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose la moitié du temps, comme des vocaux ou quelques samples supplémentaires qui pourraient apporter un côté plus marquant. (Je dois avouer que certaines plages sont viables alors que d'autre font un peu "light").
Je n'ai pas énormément écouté cet album, mais je pressens que des écoutes plus répétées pourraient me faire assez accrocher à une partie des titres.
"Paracelsus" est donc un projet correct, qui ne se fout pas de l'acheteur (Comme ça a parfois été le cas à l'époque avec les projets parallèles), mais ne propose pas non plus quelque chose de vital ou génial.

06/03/2010

KILLING JOKE - The interviews Zine














J'ai trouvé ce “ fanzine ” sur ebay. Bootleg ou pas ? On y reviendra à la fin.
Cette publication photocopiée correctement a pour but de regrouper de nombreuses interviews (Et quelques articles) de Killing Joke de 1981 à 1994, ce qui permet de se plonger dans l’état d’esprit de leurs premières années passionnantes, de voir l’évolution, les désaccords, un quasi passage à vide, puis le retours vers une certaine forme. Il faut dire que certains membres du groupes n’ont pas leur langue dans leur poche, notamment Jaz Coleman qui rentre dans des sujets assez spaces plus ou moins intéressants, ou qui joue avec de l’humour caustique qui n’a pas toujours bien été interprété par la presse…
Ces interviews sont plus ou moins intéressantes; Quand le propos du groupe est retranscris comme un question/ réponse classique ça le fait, mais quand l’article prend la forme de texte narratif avec citations du groupe je n’accroche pas (Ca manque de vie, laissez la parole au groupe !). Le contenu aurait pu être plus intéressant si plus d’extraits de fanzines avait été inclus, car c’est principalement du magazine anglais d’époque.. Mais l’ensemble est quand même intéressant.
A noter qu’est fourni un CDr contenant Eps, démos et Peel sessions de 1979 à 1982. Le son est plutôt bon et on entend pas particulièrement d’encodage Mp3 de mauvaise qualité.
Maintenant ce zine est-il un bootleg ? J’hésite. Je l’ai payé un peu cher par rapport à un fanzine normal (Ok c’est sur Ebay, mais pourquoi le vendre plus cher qu’un zine si c’est juste une démarche de fan?) et le vendeur a remis le même objet en vente à peine 10 jours après m’en avoir expédié un… En fait, bootleg ou pas, il aurait peut-être juste fallu personnaliser un peu “ l’objet ” (Ecrire une introduction, s’exprimer un peu en tant que fan… Plutôt que juste rassembler et photocopier des interviews) et inclure des choses plus underground. Enfin, le résultat est quand même pas mal et pourrait plaire aussi bien aux gros fans qu’à ceux voulant découvrir les premières années du groupe sans devoir faire des recherches sur le web…

DIE SEKTOR - "Scraping The Flesh" Demo CDr. 2004.










Je reste un zest dubitatif et brumeux quand j'entends ce qu'est globalement devenu le dark electro... Très souvent ce qui était alors recherché, épais, complexe voir transcendant est devenu très proche de la techno simple, parfois même d'une sorte de dance dont l'emballage aurait été gothifié et obscurcis sur les bords... Mais pourquoi? Les moyens techniques s'étant fortement simplifiés, pourquoi ne pas essayer d'aller plus loin?
Enfin, commencer cette chronique de DIE SEKTOR de cette façon n'est pas vraiment adéquat, comme ce que propose le groupe n'est pas si dégueulasse... Leur musique se situe entre dark electro relativement classique, et la dark techno/ dance qu'on connaît bien... Pour décrire simplement la chose, disons que la démo pourrait être coupée en deux, entre EBM/ dark electro indus de bonne facture et dark dance techno qui joue sur la simplicité et ne propose rien de spécial...
Bien sur l'emballage est correct: Bonne production, vocaux saturés typiques de l'electro indus, sons corrects quoique pas forcément très extrêmes...
Quand le groupe décolle, on pense au DAS ICH assez accrocheur (Période EBM) ou au FRONT LINE ASSEMBLY de "Civilization" (Donc pas le meilleur, mais quand même pas mal) voir à du WUMPSCUT... Par contre quand il se satisfait de la simplicité, on est dans le rythme "boom boom" classique, les synthétiseurs trance communs voir la dark dance qui sort aussi vite qu'elle est rentrée du conduit auditif (Dans cette catégorie, on pourrait aussi citer un peu de WUMPSCUT). Dommage également que le groupe n’expérimente pas plus sur les samples, car il est ici plus question de programmation et d'une recherche d’efficacité immédiate, que de création d'ambiances tordues épaisses...
Enfin, même si mon avis est assez partagé, je dois souligner le fait que l'ensemble peut s'écouter sans prise de tête (Pas de faute de goût giclante ou de sons mal placés qui gâchent tout) et que le groupe a des passages ou morceaux qui ressortent (Sur les titres "Motionless" ou "Painkiller" par exemple). Alors disons que DIE SEKTOR pourrait plaire à ceux aimant le dark electro/ techno avec zests indus qui ne se prend pas la tête, qui a ses moments plus intenses, mais sans toutefois secouer les bocaux à formol.

FOETUS INTERVIEW 1988.











INTERVIEW TIREE DU FANZINE OUT OF NOWHERE
Un Timothy LEARY titubant et secoué de hoquets spasmodiques hurle ''I’M JESUS! I'M SATAN!" pendant qu'une ballerine exécute des envolées sur fond d'orchestration classique quand soudain un vacarme de tôles broyées s’élève, rythmes parfaits et guitares destroy-aquatique viennent se FRACASSER contre votre front avant que ne retentisse le péan de la victoire finale: "I CAN DO ANY GOD DAMM THING I WANT! ANYTHING! ANYTHING!!" C'était "Nail" (sorti en 85), le deuxième album de Scraping Foetus off The Wheel après "Hale", (82) par Foetus, de son vrai nom J.G.Thirwell, alias Clint Ruin, qui sous d'autres incarnations :"You've got foetus on your breath", "Foetus all-nude revue" ou Wiseblood (avec RoIi Mosimann) avait déjà commis des Tours Infernales rongées par des millions de cafards géants de rock'n roll GONZOIDE!
Depuis, Foetus n'avait produit que des broutilles "Bed·rockiennes"(86), le très méchant "Boxhead" (87) datant en fait de 85. On disait que le Foetus s'était fait avorter quand arriva la nouvelle au sein de la rédaction: "Jean Paul est libéré!" ou plutôt Clint Foetus va sortir un nouvel album: "FOETUS INTERRUPTUS". Après trois années de détention, le Foetus allait à nouveau sévir et décimer les centres de la S.P.A. Il nous fallait agir, mais interviewer Foetus n'est pas chose facile; Si, par exemple, vous lui demandez pourquoi il semble fasciné par les faits divers les plus horribles, il répondra: "As opposed to what, My Little pony?". En effet, ''I'm bad and mean and mighty unclean" a toujours été le blason de Sieur RUIN.
La déviance sexuelle, la violence physique, la HAINE, la perversion et la persécution sont les mamelles du FOETUS. Mais son application a être un bad boy est parfois un peu trop studieuse (Type Brooklyn Warriors, boots de motard et lunette anti-reflets, pédalant sur un Jim-vélo): Tout est parfaitement à sa place, tout fonctionne "for maximum effect", aucune place au hasard, à la "participation" : Un monde à la plastique parfaite et close.
Qu'en pense Gordon Sharp, poète hirsute (et écossais): "Och ! Je déteste Foetus! On dirait un personnage de dessin animé!". Mais écoutons plutôt Matt Johnson (The The):"... En fait je pense que Foetus est très accessible. Je dois dire, je pense qu'il devrait être énorme, il devrait être le nouveau Elvis Presley, le Michael Jackson blanc" (T.D).
Foetus est celui qui a saisi le premier tout le parti qu'on pouvait tirer de la technologie, comme moyen d'exprimer absolument TOUT, sans aucune limite, et il s'est donné les moyens de le faire en travaillant continuellement en studio (Pour lui-même et pour les autres: Il a produit par exemple les premiers E. Neubauten, Coil, et a collaboré avec une multitude d'autres artistes, dont Lydia Lunch... ). Depuis, ses idées ont été largement pillées, mais n'est pas Foetus qui veut: sa supériorité incontestable est due à l'intelligence pure de ses arrangements, à son sens quasi alchimique de l'organisation et du dosage des couches de sons.
Et puis on s'en FOUT de savoir si c'est joué ou non, si son émotion est "sincère" parce que quand le flipper sonique de Foetus s'allume, envoie un BIG stumbo à ta meuf et joue à sa place! Son attitude est finalement celle d'un PURISTE. Il fait son truc, et si vous n’aimez pas, tant mieux ; il vous EMMERDE.

Tu as dit dans "Tape Delay" que tu n'en avais rien à foutre qu'on achète tes disques...
Clint Ruin : Ce que j'essayais de dire, c'est que le goût du public ou la "commercialité" n'a aucune influence sur la façon dont je travaille, ce n'est même pas un problème. Je fais de la musique. Je veux qu'elle soit distribuée aussi bien que possible et que l'information passe au maximum. Je veux dire, ce serait stupide de ma part de vouloir être sur une maison de disques qui ne fait pas parvenir les disques dans les magasins, ce qui est exactement ma situation en ce moment... Mais mon attitude reste la même, je ne me plie pas aux goûts du public... Le disque est là, et puis c'est aux distributeurs de s'assurer que les gens sachent qu'il existe ... "because it's the greatest stuff around - so you'd better get used to it".
Mais tu ne peux pas totalement t'abstraire du fait que des gens vont éventuellement l'écouter?
Clint Ruin : Ah oui, sous cet angle là, je veux que les gens qui veulent l'écouter l'écoutent. Je ne vais pas leur retirer des mains. J'aime bien avoir du feed-back, connaître le bout de la chaîne. Que les gens l'entendent ou non est secondaire. C'est ce que je veux dire. Ca signifie que je ne vais pas le modifier... comme par exemple changer le nom, ce qu'on me demande constamment de faire... ou changer le contenu des paroles, ou retirer des mots, ou des merdes comme ça... Je pourrais être multimilliardaire si je changeais de nom.
Tu le crois vraiment ?
Clint Ruin : Yeah.
Mais tu ne vas pas le faire ?
Clint Ruin : Eh bien je peux ou je peux ne pas le faire. En tous les cas je ne vais pas le faire pour ce disque, ce qui ne veut pas dire que le nom Foetus ne me fasse pas gerber: Ca fait 8 ans que je travaille sous ce nom, et ça pourrait être le moment d'organiser quelque chose de plus élastique: Soit je ferais toute la musique, soit j'écrirais la musique et je trouverais des gens pour la jouer, ce qui est une possibilité. Mais je voudrais être au moins deux fois plus prolifique... C'est surtout parce que je suis obligé de suivre de très près tous les projets que j'ai, mais j'espère pouvoir rectifier ça plus tard dans l'année et normalement les choses devraient commencer à bouger beaucoup plus vite.











Par exemple ?
Clint Ruin: Je veux obtenir beaucoup plus de soutien de la part de ma maison de disques. Ma priorité après ça est de mettre sur pied un groupe live et de faire une tournée mondiale. Et, à partir de là, décider ce que je veux faire après. Mais j'ai pas mal de trucs qui vont sortir bientôt. Et puis je suis intéressé par le travail de bande-son, mais ça c'est un projet assez vague pour l'instant... En fait, on pourrait dire que je suis à un carrefour de ma "carrière".
Pourquoi?
Clint Ruin: Simplement parce que je veux que ce nouveau disque sorte, et je veux réévaluer tout mon modus operandi et faire que ça vrombisse mieux.
Pourquoi maintenant?
Clint Ruin : Parce que c'est le 5ème LP de Foetus, je sors de contrat avec "Some Bizarre" et j'éprouve le besoin de me réaffirmer de façon beaucoup plus positive afin de m'organiser plus efficacement, de laisser tomber tous les détails et d'avoir plus de temps à consacrer à mes projets.
Tu travailles très souvent en collaboration avec d'autres gens. Qu’est-ce que cela t'apportes ?
Clint Ruin : C'est une manière de travailler différente. Quand je travaille en tant que Foetus c'est une situation vraiment tendue parce que je joue de tous les instruments et à chaque décision que je prends... Je joue, et j'évalue mon travail, je le mixe et je suis chaque élément jusqu'au bout, tandis que quand je travaille avec d'autres je peux déléguer la responsabilité ou modeler la façon dont le disque va aboutir, en disant "OK va jouer çà" et puis je le reprends ou... C'est un processus différent. C'est une façon d'échapper à Foetus qui possède tous les ingrédients d'une dépression nerveuse. La façon dont je travaillais était d'écrire un schéma numérique assez complexe que je reconstruisais après dans le studio. Et ça a connu plein de formes différentes pour la composition, j'ai essayé plein de façons différentes de le faire, ça peut être l'une, l'autre... Sur mon nouveau disque je travaille beaucoup plus spontanément, c'est une approche plus visuelle et d'une certaine façon picturale. Je suppose que ces deux choses se contredisent mais ça me donne beaucoup plus l'impression de peindre une scène. Et ces deux approches ont convergé simultanément... On voit vraiment la différence. C'est beaucoup plus spontané et c'est sûrement le truc le plus intense et sauvage que j'ai jamais fait.

Comment as-tu travaillé pour ce disque?
Clint Ruin : J'ai fait de la pré-production... Je suis entré dans le studio avec un énorme arsenal de samples (d'échantillons), de sons, d'idées qui se sont ensuite mélangées. Il a été beaucoup plus rigoureux. Les idées sont venues très vite, elles ont été enregistrées très vite et l'engagement a été plus rapide. De ce point de vue il est beaucoup plus honnête. Dans la façon dont il a été fait et dans son son c'est ce qui se rapproche le plus de ce qu'aurait toujours dû être un disque de Foetus... C'est le disque ultime de Foetus. D'une certaine façon il y a plus de sampler mais en même temps il y a plus d'instruments live, alors l'équilibre est plus puissant... Et puis je joue beaucoup mieux.
"DON'T RIDE IT, PROVIDE IT" c'est le titre de la première chanson et ça vient d'un clochard qui est venu me voir un jour tandis que je buvais d'un sac en papier et il m'a dit : "Hey man, don't hide it provide it", et c'est un super concept. Je l'ai orienté dans ma propre direction et c'est vraiment la chanson fondamentale du disque... « A real screaming outpouring of wrenching violence".
La deuxième chanson est sans doute celle qui est la moins "acceptable"... On te suggère une fausse impression de sécurité qui vole en éclats, c'est une chanson instrumentale (il y en a trois sur ce disque) qui s'appelle "ASBESTOS" (amiante)... Elle a été composée à l'origine pour une pièce de théâtre qu'a joué Lydia, "The South of your border", c'est la sixième scène
Utilises-tu toujours des "citations" musicales?
Clint Ruin: Oui, il yen a sur ce disque. C'est difficile de décomposer le processus créatif précisément parce que chaque chanson est un défi différent. Certaines chansons, je suis arrivé au studio avec toute la chanson au point et pour d'autres j'y suis allé avec seulement les paroles et j'ai plus ou moins improvisé la musique. Sur plusieurs chansons il y a des parties qui n'étaient pas forcément prévues, j'ai laissé intervenir le hasard... Et puis j'ai laissé les idées se développer aussi naturellement que possible pour ajouter ensuite une "structure" par dessus.
Je peux avoir une idée centrale pour une chanson, ça peut être un loop, une ligne, un son, ça peut être une ligne de guitare ou de basse, une atmosphère que je veux illustrer. Chaque chanson a sa propre identité. C'est difficile de tout mettre à sa place jusqu'à ce que j'ai le bénéfice d'une vision rétrospective, parce qu'il y plusieurs niveaux, il y a plein de choses qui se passent sur ce disque. D'une certaine façon il ressemble à "HOLE" parce qu'il y a plein de choses qui sont enfouies là-dedans, qui ne sont pas évidentes à repérer tout de suite - mon appréciation de ce disque change au jour le jour. Je pense qu'il est "visuel", il t'arrache du sol, et c'était ça l'intention... Il te transporte dans le monde de Foetus, il te fait voyager, "whether you wanna fuckin' go or not".
"NAIL" était un "concept-album », qu'en est-il de celui-ci?
Clint Ruin : Conceptuellement il se situe entre "Hole" et "Nail". Il n'y a pas de concept prêt à consommer qui te permette de voir de quoi ça parle vraiment, mais en même temps il y a des liens thématiques. Les chansons vont ensemble, on peut percevoir les relations qu'elles ont entre elles... Mais c'est difficile à dire. C'est une collection de... Souvent dans une chanson on a l'impression d'en entendre quatre... Mais ça dépend avant tout de l'interprétation de la personne qui écoute. Il y a un fil conducteur thématique, ça ne dépend pas vraiment du sujet sur lequel j'ai décidé d'écrire...
Side one: "kill your parents".
Side two: Plus introspectif, "moody", et suicidaire.
Je veux dire que c'est un déluge assez intense émotionnellement sur les deux faces, la première a plus de violence expansive, la deuxième plus de violence contenue.

As-tu un "catalogue" de sons?
Clint Ruin : J'en ai un certain nombre... Je veux dire, j'ai une bibliothèque de sons qu'il m'arrive de consulter quand il me faut un certain truc. Mais le plus souvent je crée le son pour la chanson. Du moment qu'ils sont sur bande je peux y revenir... "alter them, process them, pervert them, fuck'em up...". Pour la musique il y a un élément de hasard que je sculpte et que je mélange avec tout ce qui peut m'exciter et me stimuler à un moment donné - c'est aussi reflété dans les paroles... Il y a certaines sortes de reflets dans quelques unes de mes chansons de mon environnement maïs en fait c'est plutôt une réflexion de ma vision constante des choses parce qu'il y a une continuité entre ce que je faisais quand j'habitais à Londres et ce que je fais à NewYork. Mais le nouveau disque sonne beaucoup plus comme Brooklyn que les autres trucs que j'ai pu faire, qui ne se rattachent à aucun lieu en particulier.
Raconte!
Clint Ruin : Je suis le seul à pouvoir détecter ça. Parce qu'il y a une atmosphère bien particulière. J'ai passé du temps ici, je peux sentir où je l'ai créé et comme ça je connais vraiment ce goût. Ca imbibe le travail. Tu vois je peux regarder dehors, voir la cour de récréation, et ça semble correspondre à ces émotions et à ce que je ressens à ce moment. Alors il y a beaucoup plus ce genre de goût à travers ce disque que dans les autres... Je pense que c'est le plus honnête.
On dirait que tu travailles tout le temps?
Clint Ruin : D'une certaine manière oui... Enfin jusqu'à un certain point. Ce n'est pas un phénomène constant, je veux dire je prends du temps pour respirer et ainsi de suite. Mais ça me donne le sentiment d'avoir un but, oui.
''A woman's place is on ma face" mêlé à du Shakespeare ("BEDROCK")... Foetus est-il un joyeux drille?
Clint Ruin : Oui… C’est ce que j'ai envie d'entendre, j'aime bien exprimer ça. Parfois on peut dire quelque chose avec ce genre de trucs... D'une manière plus volatile. Ca arrive, c'est tout. Des gens m'ont dit qu'ils trouvaient le nouveau disque hilarant... ça se décide au moment ou je détermine ce qui va apparaître sur le disque et ce qui va dégager. C'est plus inconscient qu'autre chose... Je veux dire, je n'avais pas l'intention d'enregistrer un disque comique.
De qui parle « SICK MAN » ?
Clint Ruin : C'est une chanson qui a son histoire, dans la mesure où elle parle de Nick Cave... Elle décrit ce j'ai ressenti à cette époque, mais c’est quand même assez ancien, c’était il y a 5 ou 6 ans. La dernière phrase est peut être plus suppositionnelle, c’est plus un vœu inconscient ou quelque chose comme ça.

Comment as-tu accouché de ''Descent into the Inferno" (''NAIL'') ?
Clint Ruin : Ca c'est essentiellement la quête sans fin que j'ai d'une ascension grandiloquente, je suppose. On commence par une piqûre d'épingle et ça se transforme en explosion, et on utilise ça comme un vide ou comme un vortex qui t'aspire dans le son, c'est une de mes petites techniques de construction de chansons. C'est une des façons que j'aime de créer un environnement et puis l'illustrer. Cette chanson-là essaie de transmettre plus le sentiment d'une dépression nerveuse, c'est basé sur des expériences que j'ai eu à L.A. et c'est cet environnement et cet état d'esprit qui est décrit. Pas mal de ces paroles ont été retrouvées sur des serviettes déchirées à 3 heures du matin, alors que je ne me rappelais même pas les avoir écrites... Ce sont des paroles plutôt "down-hung".
Et "BOXHEAD" ?
Clint Ruin : C'est une analogie... Avoir une boîte sur la tête comme forme d'oppression.
Est-ce vouloir être libéré de quelque chose?
Clint Ruin : Oui... Je veux dire, c'est essayer aussi de décrire cette frustration avec une analogie assez simple... Ne pas pouvoir se débarrasser d'un coffre autour de la tête.
Le sexe et la vulgarité sont-ils essentiels pour toi ?
Clint Ruin : Oui, ça va et ça vient. Ca dépend comment je me sens à ce moment-là. « Wiseblood » c'est l'ultime dans ce genre de démarche. C'était une intention préétablie dans le projet Wiseblood.
Macho, sexe, et violent ?
Clint Ruin : Oui, par opposition à Foetus qui couvre un champ émotionnel beaucoup plus large et qui est beaucoup plus personnel... Et beaucoup plus acéré. Dur mais fragile. Alors que Wiseblood est beaucoup plus graveleux, et sale, et séduisant... Sous cet angle-là je trouve. "Dirty, stuffed, violent"... A "beautiful black beast" sort of thing.
Pourquoi les choses ne doivent-elles pas être séduisantes au premier degré?
Clint Ruin : Je pense qu'elles doivent attirer et repousser en même temps. Avoir ce goût doux-amer... Like pussy-juice.
Qu'est-ce que tu va jouer pendant ta tournée?
Clint Ruin : Euh, ce sera sans doute des trucs conçus spécialement pour la tournée. Des trucs qui n'auront jamais été joués auparavant. Ce sera très visuel... Une agression de tous les sens. C'est vraiment ce qui compte le plus pour moi en ce moment: Mettre sur pied quelque chose de vraiment live et emmener le show le plus incroyable à l'assaut, afin d'enfoncer dans le gosier des gens le message que j'ai, au volume approprié et à la bonne intensité.
What is the message ?
Clint Ruin : Kill Fuck Destroy.