06/03/2010

FOETUS INTERVIEW 1988.












INTERVIEW TIREE DU FANZINE OUT OF NOWHERE
Un Timothy LEARY titubant et secoué de hoquets spasmodiques hurle ''I’M JESUS! I'M SATAN!" pendant qu'une ballerine exécute des envolées sur fond d'orchestration classique quand soudain un vacarme de tôles broyées s’élève, rythmes parfaits et guitares destroy-aquatique viennent se FRACASSER contre votre front avant que ne retentisse le péan de la victoire finale: "I CAN DO ANY GOD DAMM THING I WANT! ANYTHING! ANYTHING!!" C'était "Nail" (sorti en 85), le deuxième album de Scraping Foetus off The Wheel après "Hale", (82) par Foetus, de son vrai nom J.G.Thirwell, alias Clint Ruin, qui sous d'autres incarnations :"You've got foetus on your breath", "Foetus all-nude revue" ou Wiseblood (avec RoIi Mosimann) avait déjà commis des Tours Infernales rongées par des millions de cafards géants de rock'n roll GONZOIDE!
Depuis, Foetus n'avait produit que des broutilles "Bed·rockiennes"(86), le très méchant "Boxhead" (87) datant en fait de 85. On disait que le Foetus s'était fait avorter quand arriva la nouvelle au sein de la rédaction: "Jean Paul est libéré!" ou plutôt Clint Foetus va sortir un nouvel album: "FOETUS INTERRUPTUS". Après trois années de détention, le Foetus allait à nouveau sévir et décimer les centres de la S.P.A. Il nous fallait agir, mais interviewer Foetus n'est pas chose facile; Si, par exemple, vous lui demandez pourquoi il semble fasciné par les faits divers les plus horribles, il répondra: "As opposed to what, My Little pony?". En effet, ''I'm bad and mean and mighty unclean" a toujours été le blason de Sieur RUIN.
La déviance sexuelle, la violence physique, la HAINE, la perversion et la persécution sont les mamelles du FOETUS. Mais son application a être un bad boy est parfois un peu trop studieuse (Type Brooklyn Warriors, boots de motard et lunette anti-reflets, pédalant sur un Jim-vélo): Tout est parfaitement à sa place, tout fonctionne "for maximum effect", aucune place au hasard, à la "participation" : Un monde à la plastique parfaite et close.
Qu'en pense Gordon Sharp, poète hirsute (et écossais): "Och ! Je déteste Foetus! On dirait un personnage de dessin animé!". Mais écoutons plutôt Matt Johnson (The The):"... En fait je pense que Foetus est très accessible. Je dois dire, je pense qu'il devrait être énorme, il devrait être le nouveau Elvis Presley, le Michael Jackson blanc" (T.D).
Foetus est celui qui a saisi le premier tout le parti qu'on pouvait tirer de la technologie, comme moyen d'exprimer absolument TOUT, sans aucune limite, et il s'est donné les moyens de le faire en travaillant continuellement en studio (Pour lui-même et pour les autres: Il a produit par exemple les premiers E. Neubauten, Coil, et a collaboré avec une multitude d'autres artistes, dont Lydia Lunch... ). Depuis, ses idées ont été largement pillées, mais n'est pas Foetus qui veut: sa supériorité incontestable est due à l'intelligence pure de ses arrangements, à son sens quasi alchimique de l'organisation et du dosage des couches de sons.
Et puis on s'en FOUT de savoir si c'est joué ou non, si son émotion est "sincère" parce que quand le flipper sonique de Foetus s'allume, envoie un BIG stumbo à ta meuf et joue à sa place! Son attitude est finalement celle d'un PURISTE. Il fait son truc, et si vous n’aimez pas, tant mieux ; il vous EMMERDE.

Tu as dit dans "Tape Delay" que tu n'en avais rien à foutre qu'on achète tes disques...
Clint Ruin : Ce que j'essayais de dire, c'est que le goût du public ou la "commercialité" n'a aucune influence sur la façon dont je travaille, ce n'est même pas un problème. Je fais de la musique. Je veux qu'elle soit distribuée aussi bien que possible et que l'information passe au maximum. Je veux dire, ce serait stupide de ma part de vouloir être sur une maison de disques qui ne fait pas parvenir les disques dans les magasins, ce qui est exactement ma situation en ce moment... Mais mon attitude reste la même, je ne me plie pas aux goûts du public... Le disque est là, et puis c'est aux distributeurs de s'assurer que les gens sachent qu'il existe ... "because it's the greatest stuff around - so you'd better get used to it".
Mais tu ne peux pas totalement t'abstraire du fait que des gens vont éventuellement l'écouter?
Clint Ruin : Ah oui, sous cet angle là, je veux que les gens qui veulent l'écouter l'écoutent. Je ne vais pas leur retirer des mains. J'aime bien avoir du feed-back, connaître le bout de la chaîne. Que les gens l'entendent ou non est secondaire. C'est ce que je veux dire. Ca signifie que je ne vais pas le modifier... comme par exemple changer le nom, ce qu'on me demande constamment de faire... ou changer le contenu des paroles, ou retirer des mots, ou des merdes comme ça... Je pourrais être multimilliardaire si je changeais de nom.
Tu le crois vraiment ?
Clint Ruin : Yeah.
Mais tu ne vas pas le faire ?
Clint Ruin : Eh bien je peux ou je peux ne pas le faire. En tous les cas je ne vais pas le faire pour ce disque, ce qui ne veut pas dire que le nom Foetus ne me fasse pas gerber: Ca fait 8 ans que je travaille sous ce nom, et ça pourrait être le moment d'organiser quelque chose de plus élastique: Soit je ferais toute la musique, soit j'écrirais la musique et je trouverais des gens pour la jouer, ce qui est une possibilité. Mais je voudrais être au moins deux fois plus prolifique... C'est surtout parce que je suis obligé de suivre de très près tous les projets que j'ai, mais j'espère pouvoir rectifier ça plus tard dans l'année et normalement les choses devraient commencer à bouger beaucoup plus vite.











Par exemple ?
Clint Ruin: Je veux obtenir beaucoup plus de soutien de la part de ma maison de disques. Ma priorité après ça est de mettre sur pied un groupe live et de faire une tournée mondiale. Et, à partir de là, décider ce que je veux faire après. Mais j'ai pas mal de trucs qui vont sortir bientôt. Et puis je suis intéressé par le travail de bande-son, mais ça c'est un projet assez vague pour l'instant... En fait, on pourrait dire que je suis à un carrefour de ma "carrière".
Pourquoi?
Clint Ruin: Simplement parce que je veux que ce nouveau disque sorte, et je veux réévaluer tout mon modus operandi et faire que ça vrombisse mieux.
Pourquoi maintenant?
Clint Ruin : Parce que c'est le 5ème LP de Foetus, je sors de contrat avec "Some Bizarre" et j'éprouve le besoin de me réaffirmer de façon beaucoup plus positive afin de m'organiser plus efficacement, de laisser tomber tous les détails et d'avoir plus de temps à consacrer à mes projets.
Tu travailles très souvent en collaboration avec d'autres gens. Qu’est-ce que cela t'apportes ?
Clint Ruin : C'est une manière de travailler différente. Quand je travaille en tant que Foetus c'est une situation vraiment tendue parce que je joue de tous les instruments et à chaque décision que je prends... Je joue, et j'évalue mon travail, je le mixe et je suis chaque élément jusqu'au bout, tandis que quand je travaille avec d'autres je peux déléguer la responsabilité ou modeler la façon dont le disque va aboutir, en disant "OK va jouer çà" et puis je le reprends ou... C'est un processus différent. C'est une façon d'échapper à Foetus qui possède tous les ingrédients d'une dépression nerveuse. La façon dont je travaillais était d'écrire un schéma numérique assez complexe que je reconstruisais après dans le studio. Et ça a connu plein de formes différentes pour la composition, j'ai essayé plein de façons différentes de le faire, ça peut être l'une, l'autre... Sur mon nouveau disque je travaille beaucoup plus spontanément, c'est une approche plus visuelle et d'une certaine façon picturale. Je suppose que ces deux choses se contredisent mais ça me donne beaucoup plus l'impression de peindre une scène. Et ces deux approches ont convergé simultanément... On voit vraiment la différence. C'est beaucoup plus spontané et c'est sûrement le truc le plus intense et sauvage que j'ai jamais fait.

Comment as-tu travaillé pour ce disque?
Clint Ruin : J'ai fait de la pré-production... Je suis entré dans le studio avec un énorme arsenal de samples (d'échantillons), de sons, d'idées qui se sont ensuite mélangées. Il a été beaucoup plus rigoureux. Les idées sont venues très vite, elles ont été enregistrées très vite et l'engagement a été plus rapide. De ce point de vue il est beaucoup plus honnête. Dans la façon dont il a été fait et dans son son c'est ce qui se rapproche le plus de ce qu'aurait toujours dû être un disque de Foetus... C'est le disque ultime de Foetus. D'une certaine façon il y a plus de sampler mais en même temps il y a plus d'instruments live, alors l'équilibre est plus puissant... Et puis je joue beaucoup mieux.
"DON'T RIDE IT, PROVIDE IT" c'est le titre de la première chanson et ça vient d'un clochard qui est venu me voir un jour tandis que je buvais d'un sac en papier et il m'a dit : "Hey man, don't hide it provide it", et c'est un super concept. Je l'ai orienté dans ma propre direction et c'est vraiment la chanson fondamentale du disque... « A real screaming outpouring of wrenching violence".
La deuxième chanson est sans doute celle qui est la moins "acceptable"... On te suggère une fausse impression de sécurité qui vole en éclats, c'est une chanson instrumentale (il y en a trois sur ce disque) qui s'appelle "ASBESTOS" (amiante)... Elle a été composée à l'origine pour une pièce de théâtre qu'a joué Lydia, "The South of your border", c'est la sixième scène
Utilises-tu toujours des "citations" musicales?
Clint Ruin: Oui, il yen a sur ce disque. C'est difficile de décomposer le processus créatif précisément parce que chaque chanson est un défi différent. Certaines chansons, je suis arrivé au studio avec toute la chanson au point et pour d'autres j'y suis allé avec seulement les paroles et j'ai plus ou moins improvisé la musique. Sur plusieurs chansons il y a des parties qui n'étaient pas forcément prévues, j'ai laissé intervenir le hasard... Et puis j'ai laissé les idées se développer aussi naturellement que possible pour ajouter ensuite une "structure" par dessus.
Je peux avoir une idée centrale pour une chanson, ça peut être un loop, une ligne, un son, ça peut être une ligne de guitare ou de basse, une atmosphère que je veux illustrer. Chaque chanson a sa propre identité. C'est difficile de tout mettre à sa place jusqu'à ce que j'ai le bénéfice d'une vision rétrospective, parce qu'il y plusieurs niveaux, il y a plein de choses qui se passent sur ce disque. D'une certaine façon il ressemble à "HOLE" parce qu'il y a plein de choses qui sont enfouies là-dedans, qui ne sont pas évidentes à repérer tout de suite - mon appréciation de ce disque change au jour le jour. Je pense qu'il est "visuel", il t'arrache du sol, et c'était ça l'intention... Il te transporte dans le monde de Foetus, il te fait voyager, "whether you wanna fuckin' go or not".
"NAIL" était un "concept-album », qu'en est-il de celui-ci?
Clint Ruin : Conceptuellement il se situe entre "Hole" et "Nail". Il n'y a pas de concept prêt à consommer qui te permette de voir de quoi ça parle vraiment, mais en même temps il y a des liens thématiques. Les chansons vont ensemble, on peut percevoir les relations qu'elles ont entre elles... Mais c'est difficile à dire. C'est une collection de... Souvent dans une chanson on a l'impression d'en entendre quatre... Mais ça dépend avant tout de l'interprétation de la personne qui écoute. Il y a un fil conducteur thématique, ça ne dépend pas vraiment du sujet sur lequel j'ai décidé d'écrire...
Side one: "kill your parents".
Side two: Plus introspectif, "moody", et suicidaire.
Je veux dire que c'est un déluge assez intense émotionnellement sur les deux faces, la première a plus de violence expansive, la deuxième plus de violence contenue.

As-tu un "catalogue" de sons?
Clint Ruin : J'en ai un certain nombre... Je veux dire, j'ai une bibliothèque de sons qu'il m'arrive de consulter quand il me faut un certain truc. Mais le plus souvent je crée le son pour la chanson. Du moment qu'ils sont sur bande je peux y revenir... "alter them, process them, pervert them, fuck'em up...". Pour la musique il y a un élément de hasard que je sculpte et que je mélange avec tout ce qui peut m'exciter et me stimuler à un moment donné - c'est aussi reflété dans les paroles... Il y a certaines sortes de reflets dans quelques unes de mes chansons de mon environnement maïs en fait c'est plutôt une réflexion de ma vision constante des choses parce qu'il y a une continuité entre ce que je faisais quand j'habitais à Londres et ce que je fais à NewYork. Mais le nouveau disque sonne beaucoup plus comme Brooklyn que les autres trucs que j'ai pu faire, qui ne se rattachent à aucun lieu en particulier.
Raconte!
Clint Ruin : Je suis le seul à pouvoir détecter ça. Parce qu'il y a une atmosphère bien particulière. J'ai passé du temps ici, je peux sentir où je l'ai créé et comme ça je connais vraiment ce goût. Ca imbibe le travail. Tu vois je peux regarder dehors, voir la cour de récréation, et ça semble correspondre à ces émotions et à ce que je ressens à ce moment. Alors il y a beaucoup plus ce genre de goût à travers ce disque que dans les autres... Je pense que c'est le plus honnête.
On dirait que tu travailles tout le temps?
Clint Ruin : D'une certaine manière oui... Enfin jusqu'à un certain point. Ce n'est pas un phénomène constant, je veux dire je prends du temps pour respirer et ainsi de suite. Mais ça me donne le sentiment d'avoir un but, oui.
''A woman's place is on ma face" mêlé à du Shakespeare ("BEDROCK")... Foetus est-il un joyeux drille?
Clint Ruin : Oui… C’est ce que j'ai envie d'entendre, j'aime bien exprimer ça. Parfois on peut dire quelque chose avec ce genre de trucs... D'une manière plus volatile. Ca arrive, c'est tout. Des gens m'ont dit qu'ils trouvaient le nouveau disque hilarant... ça se décide au moment ou je détermine ce qui va apparaître sur le disque et ce qui va dégager. C'est plus inconscient qu'autre chose... Je veux dire, je n'avais pas l'intention d'enregistrer un disque comique.
De qui parle « SICK MAN » ?
Clint Ruin : C'est une chanson qui a son histoire, dans la mesure où elle parle de Nick Cave... Elle décrit ce j'ai ressenti à cette époque, mais c’est quand même assez ancien, c’était il y a 5 ou 6 ans. La dernière phrase est peut être plus suppositionnelle, c’est plus un vœu inconscient ou quelque chose comme ça.

Comment as-tu accouché de ''Descent into the Inferno" (''NAIL'') ?
Clint Ruin : Ca c'est essentiellement la quête sans fin que j'ai d'une ascension grandiloquente, je suppose. On commence par une piqûre d'épingle et ça se transforme en explosion, et on utilise ça comme un vide ou comme un vortex qui t'aspire dans le son, c'est une de mes petites techniques de construction de chansons. C'est une des façons que j'aime de créer un environnement et puis l'illustrer. Cette chanson-là essaie de transmettre plus le sentiment d'une dépression nerveuse, c'est basé sur des expériences que j'ai eu à L.A. et c'est cet environnement et cet état d'esprit qui est décrit. Pas mal de ces paroles ont été retrouvées sur des serviettes déchirées à 3 heures du matin, alors que je ne me rappelais même pas les avoir écrites... Ce sont des paroles plutôt "down-hung".
Et "BOXHEAD" ?
Clint Ruin : C'est une analogie... Avoir une boîte sur la tête comme forme d'oppression.
Est-ce vouloir être libéré de quelque chose?
Clint Ruin : Oui... Je veux dire, c'est essayer aussi de décrire cette frustration avec une analogie assez simple... Ne pas pouvoir se débarrasser d'un coffre autour de la tête.
Le sexe et la vulgarité sont-ils essentiels pour toi ?
Clint Ruin : Oui, ça va et ça vient. Ca dépend comment je me sens à ce moment-là. « Wiseblood » c'est l'ultime dans ce genre de démarche. C'était une intention préétablie dans le projet Wiseblood.
Macho, sexe, et violent ?
Clint Ruin : Oui, par opposition à Foetus qui couvre un champ émotionnel beaucoup plus large et qui est beaucoup plus personnel... Et beaucoup plus acéré. Dur mais fragile. Alors que Wiseblood est beaucoup plus graveleux, et sale, et séduisant... Sous cet angle-là je trouve. "Dirty, stuffed, violent"... A "beautiful black beast" sort of thing.
Pourquoi les choses ne doivent-elles pas être séduisantes au premier degré?
Clint Ruin : Je pense qu'elles doivent attirer et repousser en même temps. Avoir ce goût doux-amer... Like pussy-juice.
Qu'est-ce que tu va jouer pendant ta tournée?
Clint Ruin : Euh, ce sera sans doute des trucs conçus spécialement pour la tournée. Des trucs qui n'auront jamais été joués auparavant. Ce sera très visuel... Une agression de tous les sens. C'est vraiment ce qui compte le plus pour moi en ce moment: Mettre sur pied quelque chose de vraiment live et emmener le show le plus incroyable à l'assaut, afin d'enfoncer dans le gosier des gens le message que j'ai, au volume approprié et à la bonne intensité.
What is the message ?
Clint Ruin : Kill Fuck Destroy.

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